Revue de presse La CLE jusqu'au 3 juin
Le cabinet de Courchesne suspend la décision des fonctionnaires de ne plus subventionner des écoles orthodoxes
Clairandrée Cauchy, Le Devoir, 2009-06-04
Le cabinet de la ministre de l'Éducation, Michelle Courchesne, a contrecarré la décision de ses fonctionnaires de couper les subventions d'une école privée juive orthodoxe ne respectant pas le régime pédagogique québécois. Six écoles juives orthodoxes ont été sommées l'automne dernier de se conformer aux lois et règlements, à défaut de quoi leur subvention pourrait être amputée. À ce jour, la menace est restée sans suite. Au début de l'année, le ministère de l'Éducation a fait savoir à l'école première Mesifta que sa subvention serait « ajustée » au prorata des services éducatifs offerts. « Nous avons établi que votre établissement offre en moyenne 62 % du temps prévu au régime pédagogique. La subvention ne sera rétablie à son niveau normal qu'à compter de la date à laquelle vous aurez fourni au Ministère la preuve hors de tout doute que votre établissement offre effectivement la totalité des services éducatifs prescrits et qu'il respecte l'ensemble des conditions posées », peut-on lire dans la lettre d'un fonctionnaire datée du 23 janvier dont Le Devoir a obtenu copie grâce à la Loi sur l'accès à l'information. Coup de théâtre, alors que la subvention avait bel et bien été coupée en mars, l'attaché politique de la ministre Michelle Courchesne a demandé à la Direction de l'enseignement privé de « surseoir à la mesure de suspension du financement de l'école première Mesifta pour le mois de mars courant ». Dans un courriel envoyé le 17 mars, l'employé politique Ali Haouchine plaidait que le rétablissement de la subvention visait à assurer le « plein potentiel de réussite » d'une rencontre entre la ministre et la communauté juive orthodoxe qui devait se tenir le 27 mars. Soulignant qu'il s'agissait d'une mesure « d'exception » s'appliquant uniquement au mois courant, M. Haouchine précisait que le « chef de cabinet a été informé de cette démarche et lui a donné son aval ». Vérification faite, la subvention a été maintenue par la suite, et aucune autre sanction n'a été imposée contre les cinq autres établissements sommés de se conformer. Devant les questions sur l'interférence d'un employé politique dans la gestion administrative, on a soutenu hier au cabinet de la ministre que Mme Courchesne n'avait « jamais été informée directement que la demande de réduction [de la subvention] avait été suspendue [par son attaché politique] ». On assure toutefois que les écoles juives orthodoxes délinquantes seront « suivies de près » et qu'elles devront se conformer aux exigences du ministère d'ici septembre prochain. Les trois écoles qui scolarisent illégalement des jeunes, sans permis, devront régulariser leur situation à défaut de quoi leur dossier sera transmis au ministère de la Justice, indique-t-on au cabinet de la ministre. Quant aux sept écoles qui détiennent déjà un permis, elles devront respecter la Loi sur l'enseignement privé et appliquer intégralement le régime pédagogique, sans quoi leur subvention pourra être coupée, ajoute-t-on.
Nombreuses irrégularités
Québec finance 12 écoles juives orthodoxes, à hauteur de 60 % de la subvention accordée pour un élève dans une école publique régulière, ce qui représente un montant total de 12,2 millions $. En 2008, le ministère de l'Éducation a renouvelé les permis de neuf écoles privées juives à condition qu'elles se conforment au cours de l'automne au régime pédagogique, ainsi qu'à la Loi sur l'enseignement privé. Six d'entre elles ont été prévenues que, si elles ne répondaient pas aux exigences d'ici la fin 2008 ou le début 2009 (selon les cas), « le ministre peut retenir ou annuler tout ou une partie du montant d'une subvention destinée à un établissement […] en cas de refus ou de négligence de se conformer aux conditions, restrictions ou interdictions relatives à l'établissement », tel que le stipule l'article 125 de la Loi sur l'enseignement privé. En plus de l'école première Mesifta du Canada, on retrouve dans cette liste le Collège rabbinique du Canada, l'école communautaire Belz, l'Académie des jeunes filles Beth Tziril, Les écoles communautaires Skver et la Yeshiva Gedola-Merkaz Hatorah de Montréal. Le principal reproche fait à ces écoles est le non-respect du régime pédagogique, alors que le temps consacré à l'enseignement des matières prescrites est souvent très inférieur à celui prévu par Québec, soit 23,5 heures au préscolaire et 25 heures réglementaires au primaire et au secondaire. Ainsi, à l'école Mesifta, l'analyse des grilles horaires montre qu'on y offre entre 49 % et 71 % du temps prescrit pour les matières du programme de formation de l'école québécoise, selon le niveau d'enseignement. Le même scénario se répète, à des degrés divers, dans les autres écoles dont le permis a été renouvelé sous condition. Dans la plupart des dossiers, on faisait état d'un grand nombre d'enseignants non qualifiés, du recours à l'anglais dans les classes de maternelle, ce qui contrevient à la Charte de la langue française, ainsi que de l'emploi de plusieurs manuels scolaires non autorisés par le ministère de l'Éducation. Dans plusieurs cas, le ministère souligne la fréquentation scolaire le dimanche, qui contrevient à la réglementation, ainsi que la non-conformité du calendrier scolaire.
Comptabiliser les études juives
Le directeur général de l'école première Mesifta, rabbin Chesky Buchinger, n'a pas rappelé Le Devoir. L'avocat qui représente six des sept établissements en question, Me Yann Bernard, s'est quant à lui abstenu de commenter le dossier puisqu'il fait encore l'objet de discussions avec le ministère de l'Éducation. Dans une lettre, consultée par Le Devoir, transmise au ministère à la suite de l'amputation de 38 % de sa subvention, M. Buchinger écrivait que « plusieurs des savoirs et des compétences recherchés par le programme de formation de l'école québécoise sont transmis dans le cadre de l'enseignement judaïque », ce dont ferait fi le ministère en « ne reconnaissant qu'une partie mineure des études judaïques comme équivalant au programme du ministère ». Revendiquant une analyse plus exhaustive du contenu de l'enseignement judaïque, à l'instar d'autres écoles de la communauté juive orthodoxe, le rabbin ajoutait que les « études judaïques doivent être reconnues aux fins de comptabiliser les heures de services éducatifs offertes ». Au cabinet de Mme Courchesne, on ne ferme pas la porte à l'établissement d'équivalences entre l'enseignement religieux et le programme de formation du ministère, affirmant que cela fait partie du contenu des discussions.
Lu sur Le Devoir
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Au secours des « arbres de notre société »
Le Soleil/Opinion, 2009-06-01
En lisant dans le journal Le Soleil du mardi 26 mai 2009 un article intitulé « Au secours de nos arbres », il m'est venue l'idée d'écrire « Au secours des arbres de notre société ». Le cours d'Éthique et de Culture religieuse a fait couler beaucoup d'encre et fait bouger beaucoup de parents. J'ai une suggestion raisonnable qui respecte tout le monde. Le gouvernement laïc peut proposer et non imposer à toutes les écoles un cours sur ce sujet. Aux parents de choisir ce cours ou pas. Pour le remplacer, un cours de morale ne ferait pas de tort. Quant aux écoles privées, libre à eux de proposer un autre cours de remplacement. De la sorte on viendrait au secours des parents et de leurs enfants, véritables « arbres de notre société ».
Père Paul Karim, Québec
Lu sur Cyberpresse.ca
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Les enfants de l'État
Mario Roy, La Presse, 2009-05-31
Quels sont au juste les droits, les pouvoirs et les devoirs des parents ? La question peut paraître oiseuse : depuis la première caverne, l'être humain sait à peu près ce qu'il convient de faire pour élever ses petits. Pourtant, l'État jongle de plus en plus avec les prérogatives parentales. De sorte qu'il faudra bientôt se demander aussi : jusqu'où vont les droits, les pouvoirs et les devoirs de l'appareil étatique par rapport aux enfants ? « Comment deux parents qui aiment leur enfant peuvent-ils confier à un parfait étranger (même s'il porte une toge et qu'on l'appelle Votre Honneur) la tâche de décider de la vie, de la santé, de l'éducation, des loisirs et du temps qu'aura cet enfant avec chacun d'eux ? Quelle personne sensée pourrait défendre cette méthode ? » demande le juge ontarien Harvey Brownstone dans Tug of War (traduisible en l'occurrence par La joute guerrière). Le juge a officié pendant 14 ans à la Cour de la famille. Il dit aujourd'hui: « Ce tribunal n'est pas bon pour les familles. » Voyons voir.
Comment un juge de Toronto peut-il confier la garde exclusive d'une enfant de 9 ans à sa mère, rayant ainsi définitivement le père de sa vie ? Et ce, même s'il a été prouvé que la mère avait installé la haine du père chez sa fille et littéralement kidnappé celle-ci pour l'emmener à l'autre bout du monde, où la GRC l'a retrouvée ? « Les revenus du père sont peu élevés, sans comparaison avec ce que la mère peut offrir en Arabie Saoudite », explique le magistrat, qui n'a trouvé aucune faute chez le père autre que sa modeste situation. Cette décision envoie un message troublant, c'est le moins qu'on puisse dire. Comment, à Winnipeg, l'État peut-il réclamer la « saisie » de deux enfants pour cause non pas de maltraitance, mais de déviance idéologique chez leurs parents ? Certes, le discours de ceux-ci est répugnant : ce sont des racistes avoués, version lourde. Mais d'autres dadas parentaux peuvent aussi être vus comme nocifs : on pense tout de suite aux fondamentalistes religieux de toutes obédiences. Or, si on en arrive là, on imagine le nombre de bambins dont l'État pourra revendiquer la garde… Deux instances judiciaires, la Cour supérieure et la Cour d'appel, se sont prononcées à tour de rôle pour casser la décision d'un père de l'Outaouais qui avait puni sa fille de 12 ans en la privant d'un voyage scolaire… qu'elle a entre-temps effectué. Cela donne un sens nouveau à la menace d'un enfant qui hurle à ses parents : « Je vais appeler la DPJ ! » (la Direction de la protection de la jeunesse)… C'est de plus en plus difficile d'être parent, on le sait. Pourquoi alors serait-ce plus facile pour l'État ? Son intrusion croissante dans l'intimité familiale devrait être la plus limitée possible : elle n'est pas sans danger.
Lu sur Cyberpresse.ca
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Catholiques : ils sont de retour !
Alain Crevier, Radio-Canada/Blogue, 2009-05-29
Certains croyaient qu'ils s'étaient effacés. Emportés par une timidité foudroyante. D'autres ont cru que, comme toutes ces églises qu'on ferme, ils étaient tombés dans la marge. Quantité négligeable. Comme s'ils n'étaient plus là. Exit ! Et bien… erreur. Les catholiques sont de retour!
Sur tous les fronts
Depuis un bon moment, je constate que les forces catholiques, loin d'avoir disparu, se sont réorganisées, restructurées. Et elles s'affirment dans tous les débats publics qui touchent leurs intérêts. Des exemples ? Commission Bouchard-Taylor. Le cardinal Ouellet vient déposer son mémoire. Et il dit publiquement: « Québec, qu'as-tu fait de ton baptême? » Dans la salle, je me souviens, certains se sont dits: mais d'où sort-il, celui-là ? Autre exemple. Le cours Éthique et culture religieuse. On a tous remarqué à quel point certains chrétiens sont actifs. Jusque devant les tribunaux. Contre l'imposition du cours. Et d'ailleurs, on peut le constater aisément dans les pages de ce carnet. Un autre exemple ? Dans la tempête de cet hiver déclenchée par les propos ou les gestes de Benoît XVI. Le cas de Mgr Willliamson (le négationniste), l'affaire brésilienne, l'histoire des condoms et du sida en Afrique. Pendant qu'une partie de la planète s'indignait, eux, ils s'affairaient à écrire des mémos, des courriels, des ripostes dans les médias pour prendre la défense du pape. Et même une pétition pour soutenir Benoît XVI ! Petite note. Une collègue me faisait remarquer que les catholiques conservateurs ne sont pas les seuls à se manifester. On pourrait parler, notamment, des chrétiens évangéliques. Ou même de certains groupes orthodoxes. Jusqu'à maintenant, les chrétiens évangéliques étaient très discrets. C'est vrai aussi pour les Coptes. On n'entendait pas ces voix-là. Ces voix-là étaient quasiment absentes du discours public (politique).
Sortir de l'ombre
J'ai le sentiment qu'il ne s'agit pas de quelques gestes isolés. J'ai remarqué, notamment, que dans tous les messages que j'ai reçus ces derniers mois, il y a par moment, des bouts de phrases qui reviennent. Des idées communes. Comme si un réseau s'était passé le mot. Qu'est-ce que ça démontre ? Rien d'un complot digne d'un roman de Dan Brown. Mais peut-être tout simplement que ces forces chrétiennes se sont réorganisées. Elles se structurent. Et surtout que le silence ne fait plus leur affaire. On aurait envie de dire qu'ils sont de retour. Qu'ils sortent de l'ombre. Que la timidité n'est plus ce qui les caractérise. Ils s'affirment. Sans gêne. Mais qui sont-ils ? Que représentent-ils ? Tous des « ultra-catholiques » ? Tous des conservateurs de « droite » ? Sont-ils tous des disciples du cardinal Ouellet ? Et est-ce un problème ? Pour qui, au juste, serait-ce un problème, que ces forces chrétiennes qui s'affirment ? Depuis un moment, je m'interroge : qui êtes-vous ?
Lu sur Radio-Canada.ca

