Jean-Robert Gauthier

Quand Dieu fait le ménage

 : Photo CNS

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Une question de Jésus me revient souvent à la mémoire: «Mais le Fils de l’Homme, quand il viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre?» (Luc 18.8). Comme plusieurs catholiques, j’ai l’impression d’assister, impuissant, à un immense séisme irrévocable, une faillite, partout en Occident, de la grâce baptismale.

Or, ces derniers temps, je m’étonne de découvrir qu’une espérance renaît au fond de moi. Je commence à me demander si la crise actuelle des valeurs n’est pas, au contraire, une bénédiction divine qu’on n’a pas encore comprise. Devant quitter l’esclavage de l’Égypte, vivons-nous une traversée du désert vers une nouvelle terre promise?

Il y a vingt ans, entre les mois de mai et octobre, un feu irrésistible a anéanti le tiers du parc national Yellowstone aux États-Unis. Une superficie de 1 875 milles (plus de 4 856 km carrés) fut carbonisée malgré les moyens techniques impressionnants dont disposent nos voisins du Sud. Mes collègues de Parcs Canada et moi étions atterrés devant un désastre écologique de cette envergure.

Les causes du sinistre étaient faciles à comprendre. Dans les grandes vallées des montagnes Rocheuses, le feu joue un rôle important pour le renouvellement des espèces. Or, pendant plus d’un siècle, les autorités du parc avaient éteint avec succès tous les feux, pensant bien faire. Sans feux périodiques, les matières inflammables s’étaient accumulées et lorsqu’un feu finit par éclater, il s’avéra inextinguible.

Comme l'or purifié au creuset

C’est un peu ce qui est arrivé à notre Église. Depuis le concile, beaucoup de matières inflammables se sont accumulées: enseignement contraire à celui du Magistère, dissidence camouflée puis de plus en plus avouée de nombreux clercs, laxisme des autorités diocésaines, virulentes allergies antiromaines, théologie hétérodoxe, embourgeoisement de certaines communautés religieuses, fantaisies liturgiques, dénigrement puis évacuation du surnaturel, détournement de certaines paroisses et même de certains diocèses en faveur d’une soi-disant «nouvelle Église» idéologique correcte, bureaucratisation et «syndicalisation» de l’appareil ecclésial, indifférence envers les besoins pastoraux des fidèles.

On pourrait continuer ainsi pendant longtemps. Quand le feu a pris dans tout ce bois mort, il n’y a pas une stratégie de communication qui a pu l’arrêter. Il est à prévoir que l’incendie va aller jusqu’au bout de son élan purificateur.

Est-ce la fin de l’Église? Cela me semble indéniable qu’on assiste à la fin d’une certaine Église. La génération des dissidents vieillit rapidement sans beaucoup de relève. Les jeunes ont un détecteur de magouille très bien développé. Les finances s’asséchant, on ne pourra pas pour longtemps défrayer les coûts d’initiatives stériles qui répondent davantage aux besoins des fonctionnaires paroissiaux ou diocésains qu’aux fidèles.

Revenons à la situation de Yellowstone. On a rapidement découvert que, loin d’être un désastre irréparable, le grand feu de 1988 avait rendu possible un renouvellement inespéré des ressources écologiques. Les forêts denses et les grands arbres ayant disparu, de nombreuses espèces naturelles ont pu trouver leur place au soleil. Vingt ans après le sinistre, le parc national de Yellowstone est devenu un véritable paradis terrestre.

La Vie qui ne peut mourir

L’événement de Yellowstone peut-il servir de métaphore pour notre Église humiliée et appauvrie? Une fois disparus le carriérisme et la vénalité, faute de conditions favorables, on verra apparaître une multitude d’initiatives inspirées par l’Esprit. De nouvelles pousses d’humilité et de service sont déjà là, mais encore largement invisibles. La relève sacerdotale et religieuse se distingue déjà par son audace évangélique, sa ferveur spirituelle et son sens de l’Église universelle. Les laïcs qui auront survécu l’épreuve ne se contenteront plus jamais d’être infantilisés. Chacun a compris qu’il est responsable de sa vie spirituelle.

La théologie du corps et celle de la nuptialité vont grandement contribuer à réhabiliter, aux yeux des croyants, les sacrements du baptême et du mariage, l’importance de la famille chrétienne et le devoir d’état comme lieu de sanctification. Les communautés nouvelles ou renouvelées vont continuer à contribuer au rapprochement des fidèles entre eux, formant de véritables lieux de vie chrétienne. Les groupes de prière et d’adoration, les cellules d’évangélisation témoignent de la vitalité de la foi personnelle des gens. Les instances diocésaines, vectrices d’unité plutôt que d’uniformité soutiendront toute cette vie nouvelle que l’Esprit de feu aura engendrée.

L’incendie de Yellowstone a éliminé ce qui était mort et a renouvelé ce qui était vital. Au lieu de se lamenter sur le passé à jamais révolu, imitons le propriétaire avisé qui sait tirer de son trésor du neuf et du vieux (Mt 13.52).


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Vos commentaires

Un besoin de pasteurs

par Daniel Arseneault à 2008-10-30 19:51:51

Votre texte a mis le doigt sur le problème de l'Église au Québec et je crois que vous avez raison de dire que nous vivons une purification. Toutefois, vous me semblez optimiste lorsque vous écrivez: 'de nouvelles pousses d’humilité et de service sont déjà là...'. Il y a sûrement des éléments de réforme dans l'Église, mais ils sont tellement incohérents... comme les jeunes 'JMJistes' qui semblent pleins de ferveur, mais qui sont ignorants de leur foi. Ce qu'il nous faut, c'est des bons pasteurs consacrés au Christ qui pourront diriger le renouveau de l'Église. André Chevalier en est un, mais en toute honnêteté, je n'en connais pas d'autre!

Optimisme ou espérance?

par Jean-Robert Gauthier à 2008-12-18 19:37:48

Merci d'avoir pris le temps de réagir à mon article. On sent que vous aimez beaucoup l'Église et que son état actuel vous fait souffrir. Les éléments de réforme dans l'Église vous semblent incohérents? Ils me font plutôt penser aux bruits dissonants qui précèdent un bon concert. De cette cacophonie viendra graduellement l'accord des instruments, puis l'harmonie désirée. Les mouvements qui semblent les plus prometteurs actuellement ont trois caractéristiques en commun. Il sont tous, d'une façon ou d'une autre, amoureux de l'Eucharistie, affectueux envers la Vierge Marie, loyaux envers le pape. Ces trois qualités rappellent le songe qu'a fait un jour saint Don Bosco. Plusieurs de ces groupes sont d'inspiration charismatique dans le sens qu'ils laissent l'Esprit Saint animer leur ministère. Quant aux JMJ, c'est un mouvement d'évangélisation qui sait accueillir les jeunes tout en respectant leur cheminement. Les catéchèses servent à pallier aux lacunes doctrinales. Leur enthousiasme vient raviver la foi des paroissiens assoupis.

Vous avez bien raison de reconnaître en André Chevalier un pasteur modèle. J'ai le privilège de connaître beaucoup d'autres prêtres ardents et fidèles. Je vous souhaite d'en rencontrer à votre tour. En tant que fidèles catholiques, nous avons besoin d'eux mais ils ont aussi besoin de nous. Cherchons ces bon prêtres-là et soutenons-les pour qu'ensemble, nous aidions l'Église une, sainte, catholique et apostolique à émerger de son purgatoire actuel. Merci encore une fois pour votre honnêteté.

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