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Jean-Robert Gauthier

Prodigues ou prodiges?

 : Photo ECDQ/Clément Robitaille

Photo ECDQ/Clément Robitaille

La parabole du fils prodigue Luc 15.11-32) n’a rien perdu de son actualité. Cette histoire de famille peut encore convertir notre cœur.

Fils d’artisan, Jésus passa les trente premières années de Sa vie dans un contexte familial bien concret. Fut-Il Lui-même un enfant prodigue ou prodige? Petit, les bergers et les mages L’ont adoré mais l’évangile nous Le montre «en fugue» pendant un pèlerinage à Jérusalem. On sait aussi combien Son ministère public a bouleversé sa famille, y compris Sa mère (Mt 3.21). Jésus savait d’expérience que la vie de famille est rarement simple et facile, même pour des saints.

Une des paraboles les plus mémorables de J.sus est celle de l’enfant prodigue. On ne saurait compter le nombre de prédicateurs qui s’en sont inspirés. A-t-on tout dit à ce sujet? Non, bien sûr, puisque la Parole de Dieu est inépuisable. Que l’Esprit Saint féconde une fois de plus notre méditation.

Tout enfant fait tour à tour les délices et les tourments de ses parents. Quand ils sont petits, comme on les caresse! On les chérit souvent au point de les idolâtrer. L’amour étant aveugle, parfois les parents ne remarquent pas les faiblesses de leurs petits. Faute de correction, les petits défauts s’enracinent et deviennent importants. Quand les parents finissent par s’en apercevoir, il est parfois trop tard.

Cela est-il arrivé au fils prodigue? Son père l’avait-il trop choyé aux dépens de son frère aîné? La maman l’a-t-elle gâté? C’est possible. Ce que l’évangile nous dit, c’est qu’il a demandé sa part d’héritage du vivant même de ses parents et est parti dilapider sa fortune en exil. Rempli d’amertume et de ressentiment, son grand frère est resté à la maison. Et le deuil s’installa dans cette famille.

Pourtant, le père continuait d’espérer. Qu’elle est émouvante cette scène du père scrutant l’horizon puis, ayant aperçu son fils au loin, courant se jeter au cou de cet enfant famélique, sale et déguenillé. Sans la moindre hésitation, le père le rétablit dans sa position ancienne de «fils prodige».

Notre père spirituel, saint François, hélas, n’a pas eu cette chance. À maintes reprises, au cours de sa vie, François a déçu les attentes de son père. Enfin, ayant vendu et distribué aux pauvres le bien de Pierre de Bernadonne sans permission, François est venu au bout de la patience paternelle. Je trouve significatif qu’il se soit réfugié tout nu dans le grand manteau de son évêque. Qu’il est consolant de penser que même si nos proches nous refusaient le pardon, l’Église, elle, est toujours prête à accueillir le pécheur repentant. L’a contrition sincère, l’humble aveu de notre péché et le pardon sacramentel du prêtre, «tout cela porte signification du Dieu Très-Haut».

N’ayons pas peur de nous reconnaître pécheurs, Tous, nous avons besoin de réconciliation, comme saint Paul le rappelle aux Romains: «tous sont soumis au péché, comme il est écrit:”Il n’est pas de juste, pas un seul“» (Ro 3.9-10).

Pourtant, comme l’écrit Columba Marmion: «Chaque fois que vous recevez dignement le sacrement, même s’il n’y a que des fautes vénielles, le sang du Christ coule abondamment sur vos âmes, pour les vivifier, les fortifier contre la tentation, et les rendre généreuses dans la lutte contre l’attache du péché, pour détruire en elles les racines et els effets du péché».

De fils et fille prodigues nous devenons, grâce à la miséricorde divine, fils et filles prodiges, c’est-à-dire, des êtres transformés, débordant de grâce surnaturelle.

Dans la parabole, on ne sait si le frère aîné a réussi à ouvrir, lui aussi, les bras à son cadet retrouvé. J’ai penser que la miséricorde du père a attendri le cœur de son fils aîné. Il faut l’espérer, puisque nous ne sommes réconciliés avec Dieu que dans la mesure où nous nous réconcilions avec nos frères (Mc 4.24). Notre miséricorde permet à d’autres aussi de devenir des enfants prodiges, capables d’une étonnante sainteté.

Qu’il est bon de se rappeler que dans un monde où le péché abonde, la grâce surabonde (Ro 5.20). ne doutons jamais ni de notre salut, ni de celui de quiconque. En racontant cette parabole, Jésus a voulu que notre méditation porte, non pas sur les péchés des deux fils, mais sur la miséricorde de leur père. Allons souvent devant notre Père. «Devant Lui nous apaiserons notre cœur, si notre cœur venait à nous condamner, car Dieu est plus grand que notre cœur et il connaît tout» (1Jn 3.19-20).

Texte publié dans La nouvelle revue franciscaine, Volume 113, # 5, nov-déc 2008.


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