L'épreuve de l'infertilité
De nombreux couples sont éprouvés par le fait de ne pouvoir concevoir un enfant. A travers des billets à venir sur le blog bioethique, Olivier Bonnewijn, prêtre du diocèse de Malines-Bruxelles et professeur d'éthique à l'Institut Théologique de Bruxelles, apporte un éclairage sur ce que dit l’Eglise sur le recours aux techniques de production d’embryons humains.
Le mariage est profondément orienté vers l’épanouissement des conjoints et l’accueil des enfants. Certains époux sont rudement éprouvés par le fait de ne pas pouvoir concevoir un enfant, ou par la crainte de concevoir un enfant en mauvaise santé. « Entre révolte et désespoir, une nuit profonde semble par moments envelopper le couple.
Avec qui en parler ? Personne ne semble vraiment comprendre. Les questions sans réponse se bousculent : Pourquoi nous ? Il y a tant de personnes qui rejettent leur enfant alors que nous, nous en voulons un. Et si c’était d’ordre psychologique ? Notre couple sera-t-il assez solide pour affronter cette épreuve ? Par quels moyens ? Est-il possible de vivre heureux malgré ce manque ? Et si cette situation dure ? » « Je m’en vais sans enfant, laisse échapper Abram. Un serviteur héritera de moi » (Gn 15, 2-3). « Donne-moi des enfants ou je meurs » (Gn 30,1) s’écrie Rachel à son mari. La stérilité conjugale est un drame qui s’attaque à la joie de vivre du couple et au sens même de son existence.
L'Eglise se réjouit des progrès pour soigner les cas d'infertilité
Dès la deuxième moitié du vingtième siècle, les progrès de la science permettent heureusement la mise au point de traitements efficaces. Les médecins parviennent à soigner alors bien des cas d’infertilité, donnant ainsi à de nombreux époux la possibilité de réaliser leur désir d’être parents. L’Eglise s’est bien sûr toujours profondément réjouie de ces progrès. Elle les a encouragés et y a largement contribué. Les développements actuels de la « naprotechnologie » offrent un exemple parmi d’autres. La médecine de la procréation fit ainsi irruption au cœur des couples en se mettant à leur service que ce soit avant, pendant ou après leur union conjugale.
Des techniques substitutives
La médecine se heurta cependant à des situations insolubles sur le plan thérapeutique. Certains médecins ne voulurent pas s’avouer vaincus pour autant et tentèrent de contourner l’obstacle de la stérilité. A cet effet, des hommes de science élaborèrent des techniques de substitution aux relations conjugales et aux premières étapes de la gestation. Ainsi apparurent diverses formes d’inséminations et de fécondations artificielles. Dans certains cas, les gamètes des époux étant inexistants, stériles ou biologiquement déficients, les techniciens de la vie sortirent du cadre du couple marié et firent appel à des donneurs de spermes et d’ovules étrangers.
Un discernement délicat
A propos de ces nouvelles pratiques de « substitution », le Magistère de l’Eglise opéra un discernement délicat qui prit plus de sept ans. Il consulta de très nombreux experts et communiqua en 1987 le fruit de ses réflexions pluridisciplinaires dans un document intitulé « Donum vitae ». Il poursuivit, actualisa et amplifia ses recherches dans une récente instruction intitulée « Dignitas personae ». « La procréation d’une personne humaine, reconnaissent ces deux documents, doit être poursuivie comme le fruit de l’acte conjugal spécifique de l’amour des époux. » Qu’est-ce à dire ? Nous le verrons dans les deux billets qui suivront.
Olivier Bonnewijn, prêtre du diocèse de Malines-Bruxelles, est professeur d'éthique à l'Institut Théologique de Bruxelles. ( auteur d'Ethique sexuelle et familiale aux éditions de l'Emmanuel )
Pour aller plus loin :
Lire la synthèse de l'ouvrage "Bioéthique : propos pour un dialogue sur [l'assistance médicale à la procréation et l'anonymat du don

