L'Église mise à mal par les médias d'ici: l'urgence de réagir!
NDLR: Nous reproduisons ici un article de Luc Phaneuf, paru dans l'édition de notre magazine Le NIC du 24 mai 2009.
Une riposte de l'intelligence et du coeur s'impose
"Le monde est fou, et la dérive consternante d’une bonne partie des médias, en qui la confusion le dispute à l’irresponsabilité, entretient cette folie. Il en va de même pour le journalisme religieux quand il suit une pente similaire" —Didier Rance, L’Homme nouveau, 28 mars 2009, p. 16.
L’ÉGLISE ET LES MÉDIAS – Faisons un retour sur l’onde de choc médiatique qui a suivi les propos de notre Saint-Père sur les préservatifs lors de son voyage en Afrique. Comme je le relevais dans ma dernière chronique, cet événement médiatique nous a permis de prendre conscience d’une crise profonde: le “monde”, aiguillé par les médias occidentaux et bien des politiques, n’a pas seulement mal compris les tenants et aboutissants du message papal concernant la nécessité d’une humanisation de la sexualité en Afrique (comme ailleurs), mais il semble plutôt que la substance de ce message ait été rejeté sciemment par une majorité des leaders d’opinion de la planète. Voilà qui est autrement plus grave.
L’importance et l’intensité médiatiques de la crise devraient nous faire réfléchir comme catholiques, car nous savons l’importance de transmettre au monde actuel le message salvateur du Christ. Que faire alors? Condamner en bloc les “méchants” médias? Voilà une option, à mon avis, qui ne serait pas selon l’esprit de la nouvelle évangélisation.
Mais il y a plus: le message de l’Évangile étant ce qu’il est, par nature subversif et révolutionnaire puisqu’il s’oppose aux tendances de la chair, qu’il ne soit pas compris — voire rejeté par la majorité— est dans l’ordre normal des choses. L’Église n’est pas plus grande que son Maître: or, la majorité a-t-elle compris le Christ de son vivant?
Ce qui ne signifie pas qu’on ne doive pas essayer de se faire comprendre, comme le Christ en son temps; pour citer le Nouveau Testament, il faut enseigner, proposer la Vérité à temps et contretemps, même quand on sait fort bien que seule une minorité comprendra, voudra comprendre. C’est pour cette minorité, dont le coeur est disposé à écouter, qu’il faut témoigner sans relâche de la Vérité qui nous faire vivre, et ce jusqu’à l’emprisonnement, voire la mort. (Nous n’en sommes pas là au Québec.)
Rappelons une évidence: le Québec n’est plus une chrétienté; nous ne disposons donc plus des multiples relais de diffusion-transmission du message comme ce fut le cas par le passé. Comme seuls relais, nous disposons de quelques médias spécialisés, écrits (comme le NIC) ou électroniques, et dans Internet (notamment le NIC), qui se chargent de cette mission.
Mais comme la majorité, l’immense majorité des Québécois ne les lit ni ne les consulte, le message chrétien devient à chaque jour de plus en plus étranger aux oreilles et esprits de nos contemporains. D’où les réactions exacerbées, voire agressives, quand une crise concernant un aspect ou l’autre du message de l’Église éclate. (Comme enseignant à des jeunes de 16-17 depuis quelques années, je le sais par expérience.)
Que cela nous plaise ou non, les mass media sont devenus LE magistère spirituel de l’Occident; ce sont eux qui informent —donnent forme— aux mentalités de nos contemporains. Les mass media dictent les façons de penser et d’agir, et ces mentalités et comportements, à l’évidence, ne sont pas d’inspiration chrétienne!
Comme l’immense majorité des Occidentaux ont déserté les églises, comment les rejoindre? Nous n’avons pas le choix: par les mass media. C’est d’ailleurs l’intuition à l’origine de projets missionnaires vraiment catholiques, tels que «Salt and Light» (Sel et Lumière), qui diffuse à la télévision depuis l’Ontario, avec un beau rayonnement, ou Radio-Galilée, à Québec. (Petite remarque: l’ingrédient premier de la réussite de ces deux médium, outre le leadership inspiré de leur directeur, c’est l’affirmation claire et assumée de leur identité —catholicité; sans leadership et identité claire, pas de progression du côté des cotes d’écoute et des dons.)
Les récentes crises médiatiques ont donc confirmé notre interprétation selon laquelle les médias grands publics ne se contentent plus d’être neutres —comme lors d’un pacte de non-agression—, ils sont plutôt devenus des opposants sur le plan des idées. En effet, depuis quelques années, le ton des mass media envers l’Église et le pape, voire la religion comme phénomène humain et de société, ce ton a changé, s’est durci, radicalisé. Peut-être depuis un certain... 11 septembre 2001! Comme si depuis, toutes les religions n’étaient plus que des fabriques de cons et de… fanatiques!
Des journaux de Montréal, pour ne citer que ceux-ci, sont passés, de 1960 à aujourd’hui, de catholiques à sympathisants, pour devenir neutres avant d’être franchement hostiles au religieux (notamment par le plume de Mario Roy, éditorialiste et athée, qui méprise ouvertement les croyances religieuses).
Dans un tel contexte d’agressions répétées, que doit faire l’Église catholique d’ici? Continuer de se taire et de se laisser traîner dans la boue, comme ce fut le cas jusqu’à maintenant (sans stratégie digne de se nom)? Ou défendre sa dignité et son intégrité, comme le font les entreprises sérieuses qui désirent sauvegarder leur nom, leur marque, leur réputation quand elles sont attaquées dans les médias: en mettant en oeuvre une stratégie de relations publiques, en somme: en élaborant une contre-offensive médiatique. Si des entreprises qui vendent de l’alcool ou des burgers le font, pourquoi l’Église, qui offre tellement plus au monde, ne le ferait-elle pas? L’Église vaut-elle moins qu’une entreprise de saucisses?
Or, planifier et mettre en oeuvre de telles stratégies, ça ne s’improvise pas, ça prend des spécialistes de la communication, des penseurs, des rédacteurs et des porte-parole. Si l’Église d’ici disposait d’une telle équipe, à chaque crise, le QG (quartier général) se mettrait au travail et en l’espace de quelques heures tous les médias du Québec —et leurs journalistes— pourraient avoir le point de vue argumenté, intelligent et lumineux de l’Église sur les enjeux en question: un bon communiqué diffusé sur le fil de presse, des porte-parole qui feraient le tour des médias électroniques, etc. Grâce à l’internet, tout pourrait se faire à partir d’un site dédié, comme celui de l’Assemblée des évêques du Québec, par exemple.
À mon avis, un tel (vrai) service de presse est une urgence, une nécessité pour notre Église. Voire un devoir devant Dieu. Prendre acte de la mauvaise foi des médias grand public à notre égard nous commande de contrecarrer autant que faire se peut la diffusion de l’erreur qui engendre et entretient la haine de l’Église dans les médias d’ici et occidentaux, en plus de constituer un repoussoir pour les jeunes qui endossent ces préjugés et mensonges (leur tête en est pleine!!!). Notre Église, les âmes, surtout celles de nos jeunes, ne valent-elles pas cela?
Prions tous à cette intention, dans l’espérance qu’un évêque prendra le leadership sur ce dossier avant que les églises d’ici, suite aux attaques haineuses de la presse, ne soient mises à sac, et les chrétiens du Québec, jusqu’à récemment majoritaires, deviennent de plus en plus marginalisés et moqués, dans une spirale de l’incompréhension, du mépris voire de la haine dont personne ne sait —sinon le diable, qui s’en réjouit— où elle s’arrêtera.
La crédibilité, voire la survie de notre Église catholique d’ici en dépendent. En effet, plus grande la crédibilité de l’Église, plus nombreux les parents qui nous confieront leurs enfants pour la catéchèse —hélas, le contraire est tout aussi vrai, comme on le constate dans bien des paroisses du Québec.

