Les écoles catholiques sont mortes parce que les parents québécois ont abandonné la foi de leur enfance (1)
"Pour qu’une école soit catholique, ou confessionnelle, suffit-il qu’on y enseigne quelques heures de ladite religion? Non, ça ne suffit pas. Il faut que TOUS (à tout le moins une très forte majorité) les membres de cette école vivent de son Esprit, en pensée et en actes." affirme Luc Phaneruf.
Photo Sophie Bouchard
NDLR: Nous reproduisons ici un article de Luc Phaneuf, paru dans l'édition de notre magazine Le NIC du 14 juin 2009.
La crise de l’éducation catholique au Québec
Quel est son but (l’éducation)? Il n’est pas de faire, mais d’éveiller des personnes. Par définition, une personne se suscite par appel, elle ne se fabrique pas par dressage. L’éducation ne peut donc avoir pour fin de façonner l’enfant au conformisme d’un milieu familial, social ou étatique, ni de se restreindre à l’adapter à la fonction ou au rôle qu’adulte, il jouera» —Emmanuel MOUNIER*
LE COMBAT POUR LES ÉCOLES CATHOLIQUES — Pour qu’une école soit catholique, ou confessionnelle, suffit-il qu’on y enseigne quelques heures de ladite religion? Non, ça ne suffit pas. Il faut que TOUS (à tout le moins une très forte majorité) les membres de cette école vivent de son Esprit, en pensée et en actes.
Or, la très forte majorité de nos institutions catholiques ne le sont (presque) plus, précisément pour cette raison: leurs enseignants et éducateurs ont perdu la foi. Je le sais par expérience, j’ai enseigné (au collégial) dans l’une des plus prestigieuses de ces institutions catholiques, entre 1990 et 1997. Or, à cette époque, nombre de professeurs de mon institution —surtout de philosophie et de littérature, parfois de sciences— s’employaient à critiquer le christianisme sur tous les plans et de toutes les façons possibles. Et personne de la direction ne leur reprochait leur attitude, et ce malgré le caractère catholique affiché de notre école.
Tant et si bien que j’étais pratiquement le seul à essayer de défendre le Christ, devant 1500 élèves et plusieurs centaines de membres du personnel, avec mes pauvres moyens. De l’extérieur, notre collège était perçu comme catholique. Mais la réalité était tout autre: l’esprit du Christ n’y habitait pratiquement plus, n’avait pratiquement plus d’influence sur les âmes et les mentalités. Après sept ans, épuisé par les combats, je suis parti... à Rome! Depuis, ce collège a achevé sa déchristianisation. Et de manière plutôt brutale, quoique subrepticement; je vous raconte.
QUI A PEUR DE LA CROIX? — Un soir, cet hiver, j’y suis retourné pour un match de hockey. Arrivé à l’avance, je pars faire un petit jogging autour des lieux. Tiens, pourquoi ne pas aller me recueillir auprès du buste du saint que j’aime tant, la gloire de ce collège, buste se trouvant dans un aménagement devant la façade de l’institution? Première déception: le buste a été remisé pendant la saison hivernale! Je lève alors la tête vers la façade de l’institution et… constate avec effroi que la grosse croix au sommet ne s’y trouve plus! Je crois rêver… une sainte colère monte en moi.
Dès le lendemain matin, j’appelle un confrère jésuite qui travaille au sein de l’institution, lui laissant un message: Dismoi, je t’en supplie, que ce n’est pas vrai, qu’ils n’ont pas osé… Ce message, comme les autres les jours suivants, sont demeurés à ce jour sans réponse. Je comprends sa gêne.
Encore aujourd’hui, j’ose espérer que quelqu’un, un jour, me dira que la croix a été enlevée temporairement. Pour des réparations, que sais-je?
Cela dit, en raison de tout ce que je sais, je suis porté à conclure que la croix a été enlevée sciemment. Que ses dirigeants ont jugé qu’elle ne reflétait plus l’identité, j’allais écrire: l’âme, de l’institution. Si mon interprétation est fondée (et Dieu fasse que j’aie tort!), je devrai en conclure que ce collège anciennement catholique a procédé EN CATIMINI à ses propres funérailles —pour ne pas choquer? Car se débarrasser ainsi de la majestueuse croix ornant un fronton depuis ses origines, c’est un geste qui parle plus que bien des discours.
Si j’ai raison, tous les saints jésuites qui ont littéralement consacré leur vie à maintenir vivante l’âme de cette institution —l’âme du Christ— doivent être bien contents d’être morts pour ne pas avoir à vivre cette honte… Pour se consoler, il leur reste cette parole du Christ: Qui a honte de moi sur terre, j’aurai honte de lui devant mon Père... (cf. Évangile selon saint Marc 8.37-38.)
J’ajoute une dernière considération, extrêmement importante: cette déchristianisation de nos institutions catholiques ne se serait pas produite si les parents ne l’avaient pas autorisée. Je m’explique. Si les parents Québécois avaient maintenu vivante leur relation au Christ, ils n’auraient JAMAIS permis aux écoles responsables de la formation humaine (notamment religieuse et morale) de leurs enfants de sombrer peu à peu dans la tiédeur, l’incohérence, lesquelles ont débouché sur l’apostasie, le rejet, implicite ou explicite (ce qui revient au même) du Christ.
L’immense majorité des parents du Québec, en délaissant l’Église et la pratique dominicale, a permis à la mentalité moderne, laïcisante, voire hostile à toute transcendance ou religion, de supplanter l’ancienne mentalité religieuse. En d’autres mots, les parents québécois sont les premiers responsables de ce gâchis, les écoles n’ont fait qu’avaliser leur choix!

LA RACINE DE LA CRISE DE L’ÉDUCATION—La crise actuelle touchant l’éducation est de nature philosophique (ou théologique), et concerne la conception même de la personne humaine. Son origine, certes, mais surtout ses finalités. Vous vous souvenez cette parole (écrite) du regretté Jean-Paul Desbiens, alias le frère Untel, qui écrivait déjà il y a quelques décennies: «La question centrale que se poseront prochainement les modernes sera la suivante: qu’est-ce que l’Homme?» Eh bien, mes amis, on en est là!
L’ancienne conception de l’Homme, de la personne humaine, celle chrétienne, a été dissoute et remplacée par celle proposée par la modernité: la personne humaine est à elle-même son propre référent (ou absolu)! En d’autres termes, elle ne doit plus se définir en fonction du Transcendant, d’un Dieu, et d’une… morale associée. Ce changement quant à la conception même de ce qu’est une personne change tous les postulats et bon nombre des finalités de l’éducation.
En quelques mots: hier, on formait des personnes en leur transmettant une religion (un sens à la vie), une sagesse et un art de vivre (morale) en fonction du bonheur, en plus de leur donner des compétences pour le marché du travail; aujourd’hui, on se contente de préparer de futurs travailleurs, et de les sensibiliser au pluralisme ambiant (des religions et des valeurs). Oui, je sais, il y a les trois cours de philosophie, mais demandez aux cégépiens ce qu’ils en ont pensé et retenu…. (Suite: prochaine chronique).
*MOUNIER, Emmanuel, Le personnalisme, Paris, P.U.F. 1950, page 129
