L’amour du Christ nous presse! La nouvelle évangélisation (*)
La sainteté est une aventure, elle est même la seule aventure. (Bernanos)
Une bonne année? Non, une sainte année! - Cette chronique est la première rédigée en l’année 2008, alors que j’entreprends, sauf erreur, ma quatrième année comme chroniqueur —tempus fugit (le temps fuit)— au sein de cette revue missionnaire. Je considère comme un grand privilège, mais aussi une responsabilité égale, la possibilité qui m’est offerte de pouvoir ainsi m’adresser à vous aux trois semaines afin de partager mon point de vue catholique sur divers enjeux ecclésiaux et sociétaux. Je dois vous confier que la rédaction de chaque papier est une grâce en soi; chacun, écrit dans un esprit de prière à l’Esprit, est un cadeau reçu, car quand j’écris, Je est un Autre —sauf quand j’écris des niaiseries, qui sont alors de moi!
Mon but en écrivant est toujours le même, et en cela je m’inspire de mes maîtres Bernanos et Bloy: servir le Christ et son Église catholique. Je le fais au moyen de la réflexion intellectuelle, qui est une de mes façons d’aimer, j’ajouterais: d’évangéliser. Mon inspiration est alimentée par vos prières, mais aussi vos lettres et courriels, qui me confortent en me rappelant à chaque fois que ma solitude de rédacteur (dans son sous-sol) porte du fruit en touchant vos coeurs et consciences. À chacun(e) de vous, je souhaite donc une année 2008 qui soit ... SAINTE, rien de plus, mais rien de moins.
À quoi servent les voeux de santé, de prospérité et de bonheur répétés jusqu’à plus soif pour quiconque ne vit pas au quotidien de la joie intime d’exister sous le regard paternel de Dieu? Nos voeux ne doivent pas être «de ce monde», nous qui savons que les plus grands biens sont spirituels. Cette année, je mourrai peut-être, et vous aussi: que nous importe si nous sommes, au moment de passer ad Patres (vers le Père) en état de grâce? La santé, la richesse, les plaisirs (l’insignifiant «tout ce que tu désires »), que sont-ils en regard des biens spirituels les plus hauts, la foi, l’espérance, et surtout, la charité? Ce qu’il faut donc se souhaiter, c’est de devenir en 2008 de réels saints et saintes, tellement rayonnants et irradiants de la Présence du Dieu-Amour qui sauve que nous porterons alors dans nos vies respectives du fruit en abondance (cf. Jean 15).
Nul ne peut mourir satisfait avant d’avoir atteint la seule «réalisation —ou épanouissement— personnel» qui vaille. «La seule tristesse, c’est de ne pas être des saints», écrivait Bloy. Complété par Bernanos: «La sainteté est une aventure, elle est même la seule aventure» (qui vaille d’être vécue). En 2008, revêtons-nous enfin du Christ. Le Québec se meurt faute de vrais chrétiens qui répandent la lumière trinitaire dans les ténèbres de la Grande noirceur laïciste post-révolution tranquille. Le Christ recherche de vrais missionnaires; Le laisserons-nous tomber? Le salut du Québec est entre les mains des chrétiens.
Un rappel urgent concernant l’évangélisation
Plus j’étudie les religions du monde, plus j’aime la religion chrétienne —le catholicisme. Dire cela, ce n’est pas manquer de respect envers ces autres religions et leurs croyants, c’est tout simplement être cohérent avec soimême. Or, une des raisons pour lesquelles j’aime tant le catholicisme, c’est qu’il dispose d’un organe central, le pape et sa curie romaine, dont la responsabilité première est de «confirmer les croyants dans l’unité de la foi». Le pape a donc la responsabilité, pour ainsi dire, de nous aider à BIEN croire, ce qui est une tâche plus difficile qu’il y paraît au premier regard. Or, récemment, la Congrégation pour la doctrine de la foi, un des organes les plus importants de la curie romaine, publiait une Note doctrinale sur certains aspects de l’évangélisation (6 octobre 2007).
Quelques semaines plus tard, Benoît XVI publiait l’encyclique «Spe Salvi», dont je reparlerai dans une prochaine chronique. Pourquoi une Note sur l’Évangélisation? Parce que l’Église juge nécessaire de rappeler à tous les chrétiens le DEVOIR d’évangéliser qui est lié à leur baptême, un élan qui est souvent freiné presque malgré nous par le contexte ambiant qui porte à confusion.
Oui, l’Église catholique reconnaît une diversité des religions, dont la plupart recèlent des «semences du Verbe», c’est-à-dire des parcelles de vérité; en outre, nous devons respecter la liberté de conscience de chacun; toutefois, cette diversité religieuse et le respect des droits liés à la conscience n’abrogent pas le commandement du Christ qui nous demande d’évangéliser, de proposer à tous la PLÉNITUDE DES MOYENS DE SALUT qu’offre seulement l’Église catholique. Seulement. Dire cela ce n’est pas être intégriste, ou borné, c’est être cohérent. En bref, nous avons le devoir de présenter à tous notre Église comme celle en qui subsiste la Vérité entière, ainsi que le projet de salut de Dieu pour l’humanité entière. J’invite les curieux à lire et méditer cette Note d’une grande richesse théologique, sur laquelle nous reviendrons.
On devient ce qu’on lit
Depuis que j’enseigne, je ne cesse de répéter à mes étudiants de veiller à leurs lectures. Car, en fait, on devient ce qu’on lit, ce qu’on laisse entrer dans notre esprit et notre coeur. Une évidence? Peut-être, mais une évidence trop oubliée. Dans l’ancien temps, l’Église, en mère un peu sévère mais dont l’intention était louable, proposait un Index de livres à ne PAS lire. Il y avait une saine prudence et sagesse à faire ainsi. Quel parent laisserait son enfant lire n’importe quoi ? D’ailleurs, ne savez-vous pas que plusieurs professeurs de littérature et de philosophie, pour ne nommer que ceux-là, par leur enseignement
et leurs lectures imposées aux étudiants depuis les débuts de la Révolution tranquille, ont alimenté la haine de Dieu et de l’Église? Lire Sartre et Camus, cela ne donne pas le goût de Dieu. Alors que lire saints Thomas et Augustin, les géants Pascal, Maritain, c’est autre chose. Une leçon que les bons conseillers (accompagnateurs) spirituels connaissent. Remplacer la prière ou le temps de méditation du matin par la lecture d’un journal ou l’écoute des médias, c’est ne pas veiller à son âme.
Je comprends que tous ne soient pas portés également vers la lecture. Cela dit, je suis profondément convaincu que les lectures spirituelles sont un ingrédient ESSENTIEL de la croissance spirituelle. Lire les derniers auteurs et titres à la mode divertit, fait oublier les tracas, mais est-ce que cela nourrit, édifie, élève? Après les temps de prière, idéalement la messe quand c’est possible (les midis), les lectures spirituelles représentent une nourriture essentielle. Et ce ne sont pas les types de lectures spirituelles et religieuses qui manquent: ouvrages théologiques, biographies de saints, documents romains, etc.
Mes récents coups de coeur? Je me suis procuré il y a quelques jours trois magnifiques livres à la fantastique Librairie de l’abbaye St-Benoît-du-Lac (on y trouve aussi de l’artisanat magnifique et une foule de produits alimentaires tous plus suaves les uns que les autres; des fromages, chocolats, la meilleure compote de pommes au monde!, du cidre, et autres gâteries sublimes!); ce que j’apprécie tant de cette librairie sise au sous-sol du monastère, c’est la qualité hallucinante au mètre carré d’ouvrages religieux chrétiens CATHOLIQUES et ce pour tous les groupes d’âges; contrairement à la presque totalité des autres librairies religieuses, on est certain que TOUS les livres sur les présentoirs méritent d’être lus, précisément parce qu’ils sont en syntonie avec la Vérité catholique. Pour les curieux, se rendre à l’adresse suivante: http://www.st-benoit-du-lac.
Quels sont ces livres? Les Évangiles, textes et commentaires (En coll., Bayard compact, 2001): cet ouvrage est un bijou vous permettant de comprendre le contexte rédactionnel et théologique des évangiles, qui ont été découpés selon leur utilisation liturgique. Contrairement à bien des ouvrages de ce genre, ce n’est pas sec, c’est même plein de sève spirituelle. Le deuxième: 42 questions sur Dieu. Des réponses simples et concrètes sur le christianisme (Bertrand Souchard, Salvator, 2007). Un ouvrage tellement bien fait que je compte m’en servir TEL QUEL pour préparer quelques-unes de mes étudiantes qui ont demandé le baptême, c’est-à-dire des jeunes adultes qui ne savent presque rien des contenus spécifiques de la Révélation chrétienne et de ses mystères. (Car enfin, bien que je sois un admirateur convaincu du Nouveau Catéchisme de l’Église et du récent Compendium, ces ouvrages, en raison de leur concision, doivent être complétés, pour ainsi dire, par d’autres ouvrages catéchétiques doctrinaux —par ailleurs introuvables au Québec, vu un certain mépris de l’intelligence de la foi catholique.
Le dernier et non le moindre: Saint Marc. Points de méditation pour une communauté (Adrien ne von Speyr, Socéval Éditions, 2007). J’ai donné mes deux années de vie romaine à cette mystique immense et encore trop inconnue, qui a livré 16 000 pages spirituelles d’une profondeur théologique inouï à l’Église par l’entremise de son géant conseiller spirituel et ami, Hans Urs von
Balthasar, le Thomas d’Aquin du IIIe millénaire, selon certains, dont Mgr Marc Ouellet, qui a passé cinq ans de sa vie à rédiger une thèse doctorale sur un aspect de l’oeuvre immense (plus de 100 livres !!!) de ce théologien catholique hors norme et qui était aussi son ami. Bonne lecture!❖
(*) NDLR: Cette chronique est tirée du magazine Le Nic du 10 février 2008.
