L’Église doit aider à dissiper la confusion morale (*)
«Le problème au Québec, c’est qu’il n’y a plus de pécheurs» —Cardinal Marc Ouellet
SAINT JOSEPH, CE GRAND OUBLIÉ
Avant de vous parler de morale, je mets mon chapeau de théologien. J’écris en ce samedi 15 mars, en la fête du bon saint Joseph. J’aime tendrement ce saint depuis mes années romaines, plus précisément depuis une grâce spirituelle spéciale reçue à Nazareth même, en avril 1998 (ce voyage en Israël m’avait été offert par le prêtre sulpicien qui était alors recteur du «Collegio Canadese» de Rome, Martin Bélanger, pour ne pas le nommer...). Un beau jour, il est entré dans ma vie, pour ne plus en ressortir. Une vraie figure masculine, paternelle.
Au Québec, ici à Montréal, nous jouissons du plus grand sanctuaire au monde l’honorant, sur le Mont-Royal, merci à l’obstiné frère André, qui l’a tant aimé! Or, au moment où l’Oratoire était terminé, quelques années après la mort du saint frère (janvier 1937), on ne mesurait pas encore l’immense grâce que représentait l’Oratoire St-Joseph. Aujourd’hui, un peu mieux. Alors que les églises se vident, l’Oratoire, lui, est toujours plein: de chrétiens, évidemment, mais aussi de croyants d’autres religions, et ce plus de 60 ans après la mort du bon frère André. Jésus nous invite encore, nous, les hommes québécois, à nous tourner vers son père adoptif —Ite ad Joseph!— afin de lui ressembler un peu plus. Car saint Joseph était un géant de la foi, de l’espérance et de la charité, un immense saint, assurément le deuxième en qualité après Marie, la Vierge Mère. Saint Joseph pourrait aider tant d’hommes déroutés et esseulés.
Petit rappel historico-spirituel. Depuis plus de 2000 ans, les chrétiens se demandent ce qu’il est advenu des restes mortels de (saint) Joseph. Quand on va à Jérusalem, on visite deux lieux possibles dédiés à la mémoire de la dormition —et de l’Assomption— de la Vierge Marie. Or, aucun lieu —à ce que je sache— ne fait mémoire de la mort de saint Joseph. Étonnant, non? Rien à Nazareth, ni ailleurs.
Pourtant, en toute logique, comment accepterions-nous que Joseph, dans l’histoire du salut, ait été moins important que saints Pierre et Paul, que les apôtres, pour lesquels nous avons tous —ou presque— des lieux d’ensevelissement désignés par la Tradition. Pour cette raison, et d’autres, le grand saint François de Sales, et il n’est pas le seul, a avancé l’hypothèse que le corps de Joseph, comme celui de Marie son épouse, aurait été lui aussi «élevé en gloire» au ciel au moment de sa mort. Ce serait juste et bon, non? Dans la même veine, lisons cette méditation du père Joseph-Marie Verlinde, un profond dévot de saint Joseph qui a fondé une communauté religieuse à son nom, la Famille St Joseph (www.fsjinfo.net).
CELUI EN QUI LE PÈRE S’EST LE MIEUX REFLÉTÉ
«Après Marie, saint Joseph est incontestablement le plus grand saint du ciel. Saint Grégoire de Naziance écrivait de lui: “Le Seigneur a réuni en Joseph, comme dans un soleil, tout ce que les saints ont ensemble de lumière et de splendeur”. Tout au long de l’histoire de l’Église, de saint Irénée, saint Éphrem, saint Basile à saint François de Sales, sainte Thérèse d’Avila, saint Vincent de Paul, en passant par saint Augustin, saint Bernard et tant d’autres, que d’inspiration puisée auprès de l’humble charpentier devenu l’ombre du Père en vertu de sa mission dans le mystère de l’Incarnation! Et les papes ne sont pas les derniers à chanter la gloire de saint Joseph! Car de même que Marie continue, au coeur de l’Église, son ministère maternel d’enfantement de l’Homme nouveau, ainsi saint Joseph continue-t-il à veiller sur la croissance du Corps mystique de Celui sur qui il reçut autorité paternelle. Pourquoi ne pas suivre l’exemple du “bon pape Jean XXIII” qui avouait en toute simplicité: “Saint Joseph, je l’aime beaucoup, à tel point que je ne puis commencer ma journée, ni la finir, sans que mon premier mot et ma dernière pensée soient pour lui”.» (La Minute de Marie, méditation quotidienne tirée du magnifique site www.mariedenazareth.com.)
Je vous le promets, si je fonde un jour une oeuvre catholique, Dieu le désirant, elle aura saint Joseph comme patron spirituel. «Ite ad Joseph», vous serez bénis, je le sais par expérience! QUELS PÉCHÉS? – Dans les médias cette semaine, on a beaucoup parlé des «nouveaux péchés» “inventés” par le Vatican afin d’actualiser le catalogue des péchés de l’Église catholique.
Pour l’occasion, j’ai fait quelques interventions dans les médias, notamment à l’émission L’Avocat et le Diable de TQS, animée par deux “boomers” très connus. Serez-vous surpris d’apprendre que ces deux vedettes ont ridiculisé jusqu’à la notion même de péché, affirmant en substance que «le péché c’était dépassé, et que les lois suffisaient pour réguler le comportement des êtres humains en société». Voilà une vision morale emballante, vous en conviendrez avec moi.
On le sait, les Québécois, surtout les “boomers” (55 et plus), ont mal à leur religion. Mais ce qu’on oublie souvent de dire, c’est que le rejet massif de la religion catholique par notre nation s’est noué, comme je l’ai écrit dans ma dernière chronique, autour de l’Encyclique «Humanae Vitae» de juillet 1968, qui traitait d’un ENJEU MORAL (contraception et régulation naturelles des naissances). Avant cette date, on parlait probablement trop de péché et... l’enfer.
Après 1968, on décida donc de n’en plus parler, ou le moins possible. Peu à peu, les mentalités et consciences allaient être délestées —à peu de frais!— du vieux vocabulaire, de la vieille morale, des vieux interdits, et… vive la liberté sans balises, sans bien ni mal, sans conséquences ni punitions —la belle illusion! Vu ce contexte, on comprendra qu’aujourd’hui la morale chrétienne soit devenue pour la majorité des “boomers” une verrue hideuse qu’on ne veut plus voir réapparaître sur le visage de notre psyché collective.
La MORALE est donc devenue LE tabou des tabous au Québec. Dans les médias et journaux, au bureau, dans les rues, on peut parler de tout, sauf… de morale — seule Denise Bombardier ose, Dieu merci! Les Québécois craignent comme la peste d’avoir à se remettre en question au plan moral, peut-être parce qu’ils savent trop bien, dans leur for interne, qu’ils ont dilapidé un sublime héritage moral vieux de plus de trois siècles pour se vautrer dans la fange.
Bien des “boomers” regardent la morale de haut, convaincus d’être demeurées de bonnes personnes sans l’aide de Dieu et de l’Église. Comme si le péché du coeur humain avait été dissout dans la potion magique de la Révolution tranquille… C’est ce que voulait signifier sur le mode ironique Mgr Ouellet il y a quelques années lorsqu’il déclarait que «le Québec ne comptait plus de pécheurs.» C’est probablement pour cela que les Québécois pensent ne plus avoir besoin des prêtres et de l’Église: pas de péché, donc plus besoin de salut. La mission la plus urgente de l’Église est de convaincre les Québécois qu’ils ont besoin d’un médecin pour leurs âmes esseulées, tourmentées et angoissées: Jésus, le Christ.
lphaneuf@gmail.com
(*) Cet article est tiré du Magazine Le NIC du 13 avril 2008.
