Un Québec malade de son identité chrétienne perdue (*)
Le cardinal Ouellet dénonce l’intégrisme de l’État Québécois
JÉSUS OU... LE PÈRE NOËL?
Nous sommes à quelques semaines de Noël, dans la période de l’Avent, qui nous offre un temps de préparation pour l’une des plus belles fêtes liturgiques de l’année. Encore une fois cette année, les commerçants et leurs alliés, les publicistes, rivaliseront d’imagination pour essayer de faire rimer Noël avec argent (dépensé), comme si l’amour s’achetait et se vendait.
Or, les chrétiens savent que l’Amour ne s’achète pas, qu’il est Don gratuit offert à l’humanité entière, à chacun et chacune de nous personnellement. Voilà pourquoi les chrétiens profiteront du temps béni de l’Avent pour éviter le plus possible les centres commerciaux pour se retirer dans les églises et les chapelles, ou leurs chambres, pour méditer sur le mystère inouï d’amour d’un Dieu qui décide de se faire l’un de nous. «Dieu s’est fait homme pour que l’homme devienne Dieu», écrivait saint Ignace d’Antioche.
L’Avent nous est donné pour devenir de plus en plus divin, et de moins en moins charnel, de moins en moins disciples de l’idole consumériste moderne, création de Coca-Cola, le Père Noël. Oui, je sais, il y a les enfants qui s’attendent à recevoir des cadeaux. Alors, pourquoi ne pas les leur remettre au jour de l’an, selon la coutume de mon grand-père? (Ou n’acheter des cadeaux QUE pour eux, pas 10 chacun! —et plus, selon ce que certains de mes amis me disent!)
Le temps de Noël est vraiment un temps béni de l’année, car Dieu vient, Dieu est là, Dieu reviendra. Hélas, Il n’est pas seul: le père Noël, jaloux de l’attention qu’on Lui porte, fait tout pour qu’on l’oublie, que nos coeurs et nos esprits soient détournés de l’essentiel. Pour l’amour de Dieu, que les chrétiens cessent d’être complices de cette mascarade, et qu’ils fêtent Noël dans la simplicité de leur étable domestique, à genoux devant Celui qui est notre Joie et notre Salut! Que Noël soit joyeux à la hauteur de votre foi! Joyeux Noël!
LE MÉMOIRE DU CARDINAL OUELLET
On ne pourra jamais accuser le cardinal Ouellet de manquer de courage et d’audace prophétique. Quel est le rôle premier d’un évêque? Dans un premier temps, prêcher la sainte doctrine (dans son intégralité et sa radicalité, ce qui n’est pas évident ni .... courant!), à temps et à contretemps, devant TOUS les publics, à l’église comme ailleurs; mais aussi, défendre les droits acquis des croyants dans une culture —ici, la culture québécoise— encore fortement imprégnée par la religion chrétienne (et ce malgré les taux regrettables de pratique religieuse dominicale). Prêcher, édifier, parler quoi!, et ce, même si cela lui vaut la désapprobation d’une certaine opinion publique et élite bien-pensante.
Or, c’est exactement cela qu’a fait le cardinal Ouellet lors de son passage devant les distingués commissaires Taylor et Bouchard le 31 octobre dernier. Notre cardinal y a livré un mémoire superbement articulé, aussi fort que concis, texte que vous pouvez d’ailleurs lire dans on intégralité au www.diocesequebec.qc.ca (aussi un texte superbe sur le renouvellement du culte eucharistique, réflexion qui pourrait aussi être bénéfique au diocèse de Montréal, qu’en pensez-vous?).
Que devons-nous retenir de la présentation du cardinal pour notre réflexion? Pour ma part, j’ai vu trois articulations principales. D’abord, un diagnostic inspiré sur notre malaise identitaire et ses vraies sources; ensuite, la dénonciation d’un certain intégrisme laïque et politique contre la religion catholique; enfin, un appel aux troupes en vue d’une nouvelle évangélisation du Québec (que notre regretté pape Jean-Paul II appelait de tous ses voeux depuis des décennies).
Concernant le malaise identitaire du Québec, le cardinal a rappelé les effets de la mise à mal (mort?) de l’Église catholique au Québec depuis la Révolution tranquille (1960): «Le vrai problème québécois est le vide spirituel créé par une rupture religieuse et culturelle, une perte substantielle de mémoire, entraînant une crise de la famille et de l’éducation, qui laisse les citoyens et citoyennes désorientés, démotivés, sujets à l’instabilité et rivés à des valeurs passagères et superficielles. Ce vide spirituel et symbolique mine de l’intérieur la culture québécoise, disperse ses énergies vitales et engendre l’insécurité, faute d’enracinement et de continuité avec les valeurs évangéliques et sacramentelles qui l’ont nourrie depuis ses origines.».
Oui, le Québec va mal car il ne sait plus qui il est, parce qu’il a renié sa mémoire, au coeur de son identité, fondée sur deux piliers: la langue et la foi. Cette rupture religieuse et culturelle ne pouvait pas être sans conséquences: elle a entraîné le remplacement des solides et éprouvées valeurs de l’Évangile, remplacées par des (contre ou anti) valeurs superficielles.
Le résultat de ces substitutions? Nos crises touchant la famille, le mariage, les avortements, les suicides, voire la montée des violences et du racisme. Ne sont-ce pas là des évidences? Pour vous et moi, peut-être, mais pas pour un certaine élite journalistique pour qui admettre un tel diagnostic serait avouer l’échec lamentable de la Révolution tranquille —et de la génération qui l’a portée— en matière de moeurs?
Nous vivons un vide spirituel abyssal au Québec, notre «fibre de vie» s’est affaiblie. «Québec, qu’as-tu fait de ton baptême?» a demandé le cardinal. Dans notre précipitation à faire advenir un nouveau monde, un nouveau Québec, nous avons donc rompu l’équilibre délicat entre la tradition et le progrès, nous avons dilapidé une part importante de notre héritage identitaire et historique.
Comment se surprendre après cela qu’on vive une crise identitaire? La religion a été depuis notre fondation au coeur de notre culture. Elle ne l’est plus, notre culture est sans culte.
Après cette brillante analyse rappelant les rapports complexes mais réels entre la foi et la culture québécoise, Mgr Ouellet s’en est pris directement à un certain «intégrisme laïc» qui chercherait à imposer, avec la complicité des fonctionnaires
du Ministère de l’éducation du Québec (MÉQ), à une majorité (plus de 80%) des parents catholiques du Québec le nouveau cours de culture et éthique religieuse en septembre prochain (2008).
Lisons-le: «Ce changement provoque le désarroi et la colère de beaucoup de parents qui se voient privés de leurs droits acquis au nom d’une ultime réforme et modernisation du système scolaire québécois. Sans tenir compte de la primauté du droit des parents et de leur volonté clairement exprimée de maintenir la liberté de choix entre un enseignement confessionnel et un enseignement moral, l’État supprime tout enseignement confessionnel et impose un cours d’éthique et de culture religieuse dans les écoles tant publiques que privées et ce, sans possibilité d’exemption. Aucune nation européenne n’a jamais adopté une orientation aussi radicale qui bouleverse les convictions et la liberté religieuse des citoyens.»
De toute évidence, notre État va trop loin, et s’approche dangereusement d’un certain totalitarisme, niant un des droits des parents les plus sacrés, celui de choisir la religion qui sera enseignée à leurs enfants. Cette façon de faire est une violation de la liberté religieuse de TOUTES les religions, pas seulement la catholique, a ajouté le cardinal.
Autre effet pervers, et de taille, le nouveau cours favorisera le relativisme religieux (toutes les religions se valent), une confusion identitaire plus grande encore dans la tête des petits Québécois: «Je doute que des enseignants fort peu préparés à relever ce défi puissent enseigner en toute neutralité et de façon critique des notions qu’ils comprendront encore moins que leur propre religion.
Il faut beaucoup de naïveté pour croire à ce miracle d’enseignement culturel des religions qui va fabriquer un nouveau petit Québécois pluraliste expert en relations interreligieuses et critique envers tout credo même celui de ses propres parents».
Que voilà des objections bien fondées, une critique radicale de la pensée magique de certains idéologues de notre gouvernement. Il y a fort à parier que l’objectif qu’ils visent par ce nouveau cours —le vivre-ensemble pluraliste— ne se réalisera pas, en plus de créer des effets pervers surprenants! Le risque réel de ce nouveau cours, c’est donc que les petits Québécois de toutes confessions ne sachent plus à quel saint se vouer en matière de religion (Je vois d’ici la tête des petits musulmans à qui l’on enseignera que la personne de Jésus mérite autant de respect que celle Mahomet, en bref: qu’aucun des deux n’a préséance sur l’autre!).
Aussi, n’est-il pas naïf de penser que de jeunes Québécois dont l’identité religieuse aura été encore plus diluée par ce nouveau
cours pourront mieux entrer en dialogue interreligieux avec des croyants d’autres religions? Ne faut-il pas bien se connaître, de même que la religion qui forge notre identité, pour entrer en relation avec l’Autre?
Or ce cours, presque condamné à tout survoler superficiellement, sans susciter l’adhésion ni du coeur ni de l’esprit (les fonctionnaires y insistent ÉNORMÉMENT!), comment pourrait-il faire des croyants plus sérieux, plus enracinés dans leur foi respective, et de ce fait plus apte à entrer en relation et dialogue PROFONDS avec un croyant d’une autre confession? Poser la question c’est y répondre.
Évidemment, et c’est là le plus triste de l’affaire, nous n’en serions pas là si les 80% Québécois qui se disent “sympathisants” catholiques étaient de… vrais catholiques! Et ça, c’est notre défi à tous, le vôtre, le mien. «Le Québec est mûr pour une nouvelle évangélisation en profondeur (...). Notre société a besoin d’un mouvement de CONVERSION À SES VALEURS SPIRITUELLES PROFONDES et d’une NOUVELLE ALLIANCE entre sa foi devenue dormante ou passive et la culture commune en émergence qui cherche ses racines.
Un renouveau spirituel et culturel est possible si le dialogue entre l’État, la Société et l’Église reprend son cours, constructif et respectueux de notre identité collective désormais pluraliste.»
Merci Seigneur, pour le don du cardinal Ouellet! Qu’advienne cette nouvelle évangélisation qui soulagera le malaise identitaire et les multiples détresses personnelles et collectives de notre nation française ET catholique en Amérique du Nord, à la mémoire de nos saints fondateurs et fondatrices!
