Bulgarie: des petits pas vers l'avenir
Cet été, la vice-directrice du département des projets à l’Aide à l’Église en Détresse (AED), Sanja Krsnik, ainsi que Magda Kaczmarek, l’une des responsables pour l’Europe de l’Est, ont effectué une tournée des projets soutenus par les bienfaiteurs de l’AED, en Bulgarie. (Voici leur récit tel que raconté par Eva-Maria Kolmann, journaliste au siège international de l’organisme).
La petite Elena a bien éduqué ses parents : autrefois ils dormaient tard le dimanche matin pendant qu’elle allait à la messe. Elena a alors pris des mesures énergiques. Les Sœurs de l’Eucharistie, qui s’occupaient des enfants, lui avaient appris que Dieu l’attendait. Elle a donc tout simplement emmené ses parents à la messe. Maintenant, ils y vont régulièrement, mais, c’est par conviction!
Des histoires comme celle-ci ne sont pas si rares en Bulgarie, comme ont pu le constater Sanja Krsnik et Magda Kaczmarek de l’Aide à l’Église en Détresse, qui ont parcouru le pays du 11 au 20 juillet dernier. Il est fréquent que les parents reviennent à la foi grâce à leurs enfants. Cependant, en tant que prêtre catholique ou que religieuse, il faut beaucoup de patience. Celui qui s’attend à de brillants succès, dans ce pays qui compte à peine 80 000 catholiques, se trompe. « Nous travaillons pour les générations à venir », disent les prêtres et les religieuses d’un commun accord. « Mais nous sentons qu’ici, les catholiques ont besoin de nous : c’est pourquoi nous restons aussi ici », confirme le Père Jacek, un religieux polonais. La plupart des prêtres continuent d’être originaires de l’étranger, et les vocations n’apparaissent que progressivement. « Toute vocation vaut de l’or », estime Magda Kaczmarek.
L’Église catholique avance malgré la grande pauvreté
Par ailleurs, Sanja Krsnik rapporte que la pauvreté est effrayante. « Quand les gens me disaient qu’il y avait en Bulgarie des situations semblables à celles du tiers-monde, au début je ne pouvais pas y croire. Mais ensuite nous avons vu combien la pauvreté était grande, même dans la capitale Sofia, et ce juste à côté des splendides villas qui se trouvent sur les versants de la montagne Vitosha », explique-t-elle. Des villas « protégées, non seulement par des murs, mais aussi par des miradors. Je ne m’attendais pas à chose pareille », indique-t-elle encore.
L’Église catholique aussi est pauvre, comme la majeure partie de la population. La plupart des prêtres ont du mal à garder la tête hors de l’eau. Pourtant, l’engagement des croyants y est admirable. « Les gens s’engagent profondément, mais il n’y a pas d’argent. Les intentions de messe de nos bienfaiteurs sont d’une grande aide », explique Magda Kaczmarek. « L’Église catholique a besoin de soutien financier pour pouvoir continuer à travailler. »
La restitution des biens de l’Église, qui avaient été confisqués du temps du communisme, pose toujours un gros problème. Par exemple, les sœurs de l’Eucharistie de Sofia voudraient récupérer leur cloître. Comme l’État refuse, les religieuses ont intenté une action en justice. « Le jugement fut incroyable », raconte Mme Krsnik. « Imaginez-vous : le tribunal est arrivé à la conclusion qu’il n’y avait pas de bâtiment alors qu’il y en a bien un, toujours debout ! » Magda Kaczmarek ajoute : « L’évêque catholique de Sofia, Christo Proykov, nous a dit : “Nous vivons dans un pays sans loi”. Quelque chose comme ça ne devrait pas arriver dans un pays de l’Union Européenne ! »

Malgré la grande pauvreté, l'espoir est au rendez-vous!
AED
Mais il y a aussi de l’espoir : par exemple maintenant, il y a une nouvelle église catholique dans la ville de Pleven, au nord de la Bulgarie. Il n’y en avait pas dans cette ville d’environ 150 000 habitants, dont 5 000 sont catholiques. La construction du presbytère avait d’abord commencé au sous-sol d’un immeuble à la fin des années 90. Depuis que l’église est achevée, il y a de plus en plus de fidèles qui viennent. « Tout est plus simple quand il y a une maison de Dieu que les gens peuvent voir », estime Magda Kaczmarek. « Certaines personnes ont peur, quand les offices divins ont lieu dans des maisons privées, qu’il s’agisse d’une secte ».
L’AED a soutenu la construction de l’église de la Mère de Dieu de Fatima à Pleven. Cependant, elle n’a pas encore été consacrée, parce que les autorités civiles n’ont pas encore donné les autorisations pour l’ouvrir. Par contre, un heureux hasard a apporté du changement : une équipe de tournage de la chaîne catholique CRTN devait filmer l’église. Quand une femme de la paroisse téléphona à l’administration communale pour demander l’ouverture de l’église, la demande fut d’abord refusée. La dame a alors demandé à l’employé de l’administration : « l’équipe de tournage a-t-elle déjà été chez vous ? ». Tout s’est alors soudain très vite arrangé et la procédure d’autorisation s’est mise en route. La peur de la caméra fait parfois des miracles, et les fidèles de Pleven pourront bientôt inaugurer leur église !
Le communisme est mort mais, « nous sommes toujours là ! »
Malgré tous les problèmes, l’Église catholique est vivante en Bulgarie et c’est un miracle après l’horreur du communisme. « Les communistes voulaient que nous périssions et ils étaient certains qu’ils atteindraient leur but », déclare la Supérieure des Bénédictines missionnaires, Sœur Beate Schröter. Ils ont par exemple obligé les carmélites à habiter pendant 40 ans dans le jubé de leur église. « Ils nous ont enfermées dans le grenier de notre propre couvent afin que nous périssions. Mais c’est le communisme qui a péri et nous sommes toujours là ! Nous sommes très heureuses que l’Aide à l’Église en Détresse nous aide à faire de petits pas en avant et à faire quelque chose pour les gens dans un esprit de foi. Merci à vous d’être là ! »
En Bulgarie, 83 pour cent de la population est membre de l’Église orthodoxe bulgare et on compte environ douze pour cent de musulmans. Le reste de la population est constitué de différentes minorités, comme par exemple des catholiques, des protestants, d’autres confessions chrétiennes, des juifs et des athées.
