Irak : chrétiens en détresse

Église détruite par un attentat
AED
L’Irak est régulièrement à la ‘une’ de l’actualité. Dernièrement les nouvelles étaient meilleures : moins d’attentats et le retrait de certaines milices terroristes des quartiers chauds de Bagdad. Bref, la paix, fragile certes, semble reprendre ses droits; la colombe peut recommencer à voler, timidement.
Par contre, ce beau portrait général cache la réalité des chrétiens irakiens qui, elle, est toujours extrêmement pénible. Ils sont 200 000 réfugiés en Syrie et en Jordanie et des centaines de milliers d’autres se sont abrités en Turquie, en Égypte et au Liban. Évalués à plus d’un million avant la guerre entreprise par les États-Unis en mars 2003, ils ne seraient plus que 350 000, majoritairement déplacés dans le nord, une partie du pays qui semblait plus sécuritaire mais qui, peu à peu, est mise à rude épreuve par les milices fondamentalistes islamistes qui attaquent des églises, des maisons habitées par des chrétiens, et procèdent régulièrement à des enlèvements en demandant des rançons exorbitantes.
Parfois, c’est la mort qui attend les personnes kidnappées, comme ce fût le cas en mars dernier pour l’archevêque de Mossoul, Mgr Faraj Rahho, enlevé à l’extérieur de sa cathédrale tout juste après le chemin de croix du vendredi. Ses deux gardes du corps ont été tués et le corps de l’archevêque a été retrouvé une dizaine de jours plus tard. Ses ravisseurs courent toujours. Des semaines plus tard, des manifestations se sont tenues pour protester contre l’inaction présumée de la police dans ce dossier.
Cet été, un rapport de l’Aide à l’Église en Détresse révélait que le nombre de chrétiens irakiens déplacés, fuyant vers le nord (spécialement vers la région de la plaine de Ninive en dehors de la ville de Mossoul), a augmenté de 50 000 personnes. Une nouvelle qui ramène sur la table cette question essentielle : est-ce que les chrétiens d’Irak vont pouvoir continuer à vivre dans leur pays?
Depuis des siècles!
Il est bon, en effet, de nous rappeler que les chrétiens d’Irak ne sont pas nouvellement arrivés sur ce territoire. Ils y sont depuis les débuts du christianisme et ont survécu à l’islamisation du pays au 7e siècle. En raison de leur acclimatation à la nouvelle religion dominante, ils seront tolérés, moyennant le paiement d’une taxe spéciale imposée aux non-musulmans. Actuellement, et contrairement à ce que plusieurs occidentaux peuvent encore penser et laisser entendre, les chrétiens d’Irak ne sont pas supportés, aidés et protégés par les forces américaines qui ont envahi le pays en 2003. Pourtant ces préjugés servent de fer de lance aux groupuscules terroristes qui justifient ainsi leurs attaques contre les chrétiens et les enlèvements. Quand des penseurs disent que, si les chrétiens ne sont pas contents de leur sort en Irak, ils n’ont qu’à quitter, cela est un signe d’ignorance profonde de la population irakienne et de l’histoire de ce pays.
On peut sûrement penser que la chrétienté tout entière, toutes confessions confondues, perdrait un trésor : celui d’être présente, de façon originale, unique, sur une terre qui a vu passer des civilisations brillantes et dont Bagdad fût autrefois le centre du monde musulman. Un monde musulman loin de l’obscurantisme observé aujourd’hui dans certaines madrasas (écoles coraniques).
Les chrétiens veulent une place dans le nouvel ordre créé par l’invasion américaine. D’accord, mais comment la trouver quand le gouvernement en place, dans sa constitution provisoire votée en 2005, décrète que l’Islam est maintenant religion d’État? Comment la trouver quand le gouvernement américain lui-même, si prompt à se réclamer de Dieu, ne tient aucunement compte de la présence deux fois millénaires des chrétiens en Irak?

Mgr Louis Sako
AED
Une voix
Mgr Louis Sako, archevêque de Kirkouk, annonçait en février dernier la création d’un Conseil des chrétiens d’Irak. Un conseil composé de 30 membres, et qui reflète toutes les façons d’être chrétien sur la terre de Jonas et d’Abraham. « Depuis trop longtemps, les chrétiens ont échoué à faire entendre leurs voix dans les principaux débats du jour parce que, trop souvent, ils ne parlent pas d’une seule voix », affirmait-il à l’occasion du lancement de ce Conseil. Les efforts faits par les chrétiens d’Irak pour continuer à être une voix crédible et écoutée dans le nouvel Irak seront-ils soutenus par leurs frères et sœurs d’Occident? La question est plus que pertinente.
NDLR: Voir le vidéo "Détresse des chrétiens d'Irak" produit pendant le congrès eucharistique de Québec par www.ECDQ.tv.
