Le Québec Égoïste
Invité à une émission de télévision, il y a quelques semaines, le sage Huron, Max Gros Louis, nous renseignait sur la culture amérindienne. Dans son langage coloré et chaleureux, il nous apprenait que les aînés ont la première place dans leur peuple. Ils sont considérés comme des sages. Leurs opinions et leurs conseils ont beaucoup d'importance. Leur respect envers ces personnes est sacré. On les consulte et on les écoute. De plus, quand la maladie frappe, on ne cherche pas à s'en débarrasser en les parquant dans des mouroirs. C'est toute la communauté qui entoure affectueusement ces braves gens en leur procurant les meilleurs soins possibles, car ils sont l'âme vivante du peuple amérindien.
Dans La Presse des 19, 20 et 21 mai 2009, on nous présentait un important dossier sur la très pénible condition de nos personnes âgées dans les Centres hospitaliers de soins de longue durée (CHSLD). Sur cinq pages complètes, nous avons eu droit à une description peu reluisante de la situation de nos aînés dans les centres d'hébergement.
Pendant que les CHSLD du gouvernement exigent une formation bien spécifique pour le personnel soignant, les 2200 résidences privées au Québec n'exigent peu près rien pour être embauché comme préposé aux bénéficiaires. Depuis le départ de l'ancien ministre de la santé, Philippe Couillard, les CHSLD privés poussent comme des champignons, car le gouvernement Charest a décrété un moratoire sur la construction de nouveaux CHSLD prétextant que le secteur privé fait du "bon" travail. L'enquête de La Presse nous prouve le contraire.
Voyons les faits: la supervision médicale est très déficiente; les repas sont réduits à leur plus simple expression tant au niveau de la quantité, de la qualité et de la variété. La surveillance des malades laisse grandement à désirer. Quant aux soins corporels, on coupe au maximum. Un très grand nombre de résidences ressemblent à de tristes mouroirs où l'ennui et l'abandon sont considérés comme banals et acceptables.
Tout est maintenant devenu une question de gros sous. Aucune règle n'encadre la facturation dans les CHSLD privés qui, pour la grande majorité, ne reçoivent aucune subvention du gouvernement. Les propriétaires (beaucoup sont des promoteurs immobiliers) sont là pour faire des profits! Alors, on ne se gêne pas pour augmenter les loyers. On coupe même sur la nourriture. On exige des petits suppléments pour ceci et cela, etc.
Plusieurs personnes interviewées confirment que, de plus en plus au Québec, les enfants abandonnent leurs parents aux CHSLD. Plus ils sont vulnérables, plus ils sont seuls. Unanimement, tous les responsables des résidences visitées par La Presse confirment que 80% de leurs locataires ne reçoivent jamais de visite de leur famille.
Dans un éditorial-choc de La Presse du 28 mai 2009, intitulé Le Québec égoïste, le sage André Pratte lance un cri du cœur. «Les Québécois, dit-il, aiment croire qu'ils forment une société plus juste, plus solidaire que les autres sociétés, mais ils acceptent en silence que des milliers de personnes âgées vivotent dans les CHSLD (…) là, elles sont traitées dans ces quasi-mouroirs comme des débiles où personne ne vient les voir».
En 10 ans, le budget consacré à la santé par le gouvernement a augmenté de plus de 10 milliards de dollars. A-t-on oublié les aînés? Pendant que le gouvernement Charest donne des milliards pour sauver l'économie qui tombe en ruine, pour les garderies qui profitent de tarifs ridiculement bas, pour les droits de scolarité les plus bas au Canada, pour une multitude de subventions de tout acabit, le sort des malades en CHSLD ne semble pas le préoccuper, car ce ne serait pas électoralement rentable; ce ne sont pas des dépenses prioritaires. La compassion et la dignité ne sont plus à l'ordre du jour. Et André Pratte de conclure: «Les Québécois sont horriblement égoïstes».
Pour ce genre de résidence en fin de vie, le commun des mortels doit payer entre 1500$ et 2000$ par mois, Ceux et celles qui ont de gros revenus pourront opter pour le CHSLD cinq étoiles au coût de 6000$ à 7000$ par mois. Une société qui abandonne de la sorte ses aînés est en pleine décadence. C'est une honte nationale de voir et d'entendre toutes ces horreurs.
Comment a réagi notre gouvernement à cette enquête? J'ai failli m'étouffer quand j'ai entendu l'ineffable ministre des aînés, Marguerite Blais, ébranlée par les trois reportages de La Presse, annoncer en grande pompe que le gouvernement vient d'engager des clowns thérapeutiques pour distraire les personnes âgées! «Mourir de rire», réplique l'éditorialiste Nathalie Collard (La Presse, 21 mai 2009), ajoutant cyniquement que «ce terrible portrait de la vieillesse au Québec ne donne pas envie de vivre vieux (...) Qui veut finir sa vie comme ça?», conclut-elle.
Notre pauvre Québec hédoniste qui a perdu tous ses repères, qui ne pense qu'à s'amuser et qui a gommé ses croyances religieuses fondamentales ne s'inquiète pas face à cette abominable aberration. Dans notre société égoïste, pour beaucoup de gens en santé, l'euthanasie (de plus en plus populaire) apparaît comme la solution idéale pour régler ce "problème".
Alors... n'aurions-nous pas un peu de sang indien pour aller finir nos jours dignement et bien entourés dans la communauté de ce cher Max Gros Louis?
