Quand les églises se remplissent
Nous sommes un dimanche matin dans une église catholique vietnamienne de Montréal au coin des rues Bélanger et Lanaudière. Nous avons l'impression «d'être dans un lieu de culte tout droit tiré du Montréal des années 50», affirme le journaliste de La Presse (26 décembre 2009) Mathieu Perreault. L'église est toujours remplie et souvent il manque de place.
Pendant que la pratique religieuse des Québécois de souche rétrécit comme une peau de chagrin (5% à 10%), le nombre d'églises catholiques à vendre pourrait bien atteindre 50% d'ici quelques années à Montréal.
Pourtant, l'Église catholique montréalaise est en train de prendre un nouveau virage grâce aux différentes communautés culturelles. Le journaliste de La Presse a recensé quarante paroisses et missions catholiques à Montréal (italienne, bangladaise, cambodgienne, laotienne, vietnamienne, lettone, polonaise, tamoule, copte, portugaise, haïtienne, hongroise, lituanienne, slovaque, chaldéenne, croate, tchèque, slovène, etc.).
L'Église de Montréal semble renaître grâce à tous ces immigrants catholiques qui remplissent joyeusement leur temple. Une véritable bouffée d'air frais, pendant que nos autorités ecclésiastiques se lamentent de gérer la décroissance! Toutes ces paroisses n'ont aucun problème financier, car les fidèles soutiennent de façon très généreuse et en très grand nombre leur église locale.
Et ce phénomène n'est pas restreint aux catholiques. Il y a de plus en plus d'Églises évangéliques à Montréal, comme l'Église évangélique de la Restauration qui a acheté plus tôt, en 2009, l'Église catholique Saint-Louis-de-France, désertée et en faillite. Maintenant, ce temple est toujours rempli à pleine capacité et on fait de gros profits.
Mais, qui fréquente ces églises? Contrairement à nos paroisses catholiques de souche, où les têtes blanches représentent près de 90% des fidèles, ces églises, dites ethniques, sont fréquentées assidument en très forte majorité par de jeunes familles, ainsi que beaucoup d'enfants et d'adolescents, tous très fiers d'afficher leur foi.
Une seule ombre au tableau nous dit le reportage de La Presse, «la pratique religieuse diminue un peu dans la deuxième ou troisième génération d'immigrés». On peut supposer qu'il se produit malheureusement chez eux une insidieuse contamination, fruit de notre société québécoise de plus en plus décadente.
Toutes ces braves communautés semblent avoir conservé jalousement leurs belles valeurs traditionnelles au niveau social, moral, religieux et familial, ce qui leur donne une solide colonne vertébrale pour affronter la tempête.
Leurs célébrations religieuses sont empreintes d'une très grande piété, de beaucoup de respect et d'une riche liturgie toujours très soignée où tout est centré sur le sacrifice eucharistique à l'autel. Dans ces églises, on ne se laisse pas entraîner par les modes passagères tant au niveau de la liturgie que des homélies. On ne recherche pas à faire un spectacle; on célèbre la messe comme elle doit être célébrée.
Ce reportage m'a profondément touché et fait réfléchir. Certains esprits maçonniques se moqueront malicieusement en accusant à tort ces fidèles de retourner à l'époque de la grande noirceur parce qu'ils refusent de suivre la parade populaire de notre Québec postmoderne en pleine débandade. D'autres leur reprocheront d'être trop portés sur des démonstrations de piété populaire.
Soyons honnêtes! Ces communautés culturelles nous donnent une très grande leçon de sagesse et de courage en ramant à contre-courant dans une société qui a perdu tous ses repères.
Fidèles au Magistère romain, ils sont le sel de la terre québécoise et le levain dans la pâte. Ils sont un véritable modèle à suivre. Ils nous donnent l'exemple de ce qu'il faudrait faire et surtout nous rappellent ce que l'on n'aurait jamais dû faire.
On récolte toujours ce qu'on a semé. Merci à ces immigrants au coeur de feu.
