Hans Küng, prêtre et théologien rebelle (3) - La guerre est ouverte
NDLR : Suite à la publication du Tome II des Mémoires de Hans Küng, je vous propose une analyse de son livre. Compte tenu de sa longueur, nous vous la présentons sous forme d’une série de onze articles intitulée « Hans Küng, prêtre et théologien rebelle ».
C'est la répression aux États-Unis, en Angleterre et en Hollande (p.125 à 133). Pendant que la Curie attaque les rebelles, Küng se dit solidaire de toutes ces victimes. "La terreur du Saint-Office ne lui fait pas peur" (p.128). Il se moque de Rome qui accuse d'hérésies le populaire "Catéchisme hollandais", qui aurait à son point de vue donné les vraies réponses, car "il part des questions de l'homme moderne" (p.130): péché originel, virginité de Marie, présence réelle, nature des anges, célibat ecclésiastique, infaillibilité du Pape, etc.
Rome est furieuse! Paul VI rappelle à l'ordre (3 février 1970) les évêques hollandais qui n'ont pas l'appui de leurs confrères allemands et français. Küng fulmine comparant le Vatican à Moscou (p.133) qui muselle une Église locale qui ose se tenir debout. Devant ce terrible spectacle, Küng encense son idole le protestant Karl Barth "le père spirituel du renouveau catholique" pendant qu'à Rome "on a affaire à une autorité incompétente qui prétend détenir infailliblement la Vérité en matière de foi et de morale" (p.139-140).
Pourquoi Ratzinger est-il devenu "un adversaire déclaré de la démocratisation de l'Église et de la théologie de la libération" (p.169) se demande Küng? Quand Tübingen a été frappée par la tempête révolutionnaire marxiste, notre futur Pape traumatisé "aurait subi des blessures psychologiques profondes et une angoisse apocalyptique" (p.169) incurable, pendant que Küng aurait su bien gérer ces temps troubles. Il en est résulté un théologien "marqué par la vision dualiste du monde d'Augustin, son maître à penser, où la Cité de Dieu doit combattre la cité du monde" (p.170), pendant que lui a su faire une expérience positive avec les révolutionnaires de 1968. Il va même jusqu'à les remercier pour les nouvelles idées à la mode: féministes, écologistes, pacifistes et leur grande solidarité avec le tiers-monde (p.177).
Pendant que Ratzinger, "ce conservateur qui continuait à adhérer au thomisme strict" (p.178), se déplaçait à Ratisbonne, l'évêque du lieu Mgr Graber, "le plus réactionnaire d'Allemagne, représentant officiel du marianisme et du curialisme" l'accueillait les bras ouverts (p.179). De son côté, Küng se vante à ce moment-là d'avoir plutôt adhéré à la Réforme de Luther qu'il admire beaucoup, à la modernité de Hegel et à la postmodernité de Barth (p.180) qui vont l'influencer dans la rédaction de son livre "L'Église". Il déclare qu'il faut comprendre et interpréter la Bible selon la critique moderne et non selon la dogmatique traditionnelle comme le fait Ratzinger. Moi, dit Küng, je fais une interprétation historico-critique de la Bible; lui, il fait une interprétation naïve, traditionnelle et autoritaire (p.182). Lui, il est resté collé à Augustin, à Bonaventure et aux Pères de l'Église; c'est un "théologien du paradigme médiéval catholique romain"... moi, je préfère le paradigme hellénistique (p.185). Lui, il est immobile... moi, je suis en marche, se vante Küng. La vision du monde de Ratzinger serait pessimiste et moyenâgeuse, car il rejette la modernité en déclarant la guerre à une supposée décadence morale et sociale. Küng, au contraire adhère aux Lumières, à la Réforme, à Descartes, Kant, Hegel et Sartre (p.188). Donc, il proclame qu'il va de l'avant.
Hans Küng consacre son quatrième chapitre à l'infaillibilité décrétée au Concile Vatican I en 1870, un sujet qui le torture au plus haut point. Lui qui remet en question certains dogmes (Immaculée Conception, Assomption, Virginité de Marie, etc.) et qui refuse l'encyclique Humanae Vitae, il ne peut adhérer à la défense de "cette vérité malhonnête (sic), l'infaillibilité" (p.198), en ajoutant "qu'il voit moins l'Église comme une mère, mais plutôt comme le peuple de Dieu" (p.199). "Le dogme marial irait même à l'encontre de tout savoir humain" (p.201); ce serait plutôt basé sur des "légendes" pour gaver un peuple "avide de merveilleux" (p.202). Et il crie haut et fort que le Pape est "ridicule" (p.204), que "l'Église a perdu tout pouvoir sur la conscience des fidèles" et que "Pie IX, Pie X, Pie XII, Paul VI et Jean-Paul II ont cultivé l'ignorance avec les structures mensongères du Vatican" (p.205), "en ramant à contre-courant de tout le mode civilisé" (p.208). Pour Küng, l'infaillibilité n'existe pas, la primauté de Pierre non plus; "ni exégétiquement, ni historiquement, ni théologiquement, les évêques ne sont les successeurs des apôtres", affirme Küng (p.209). "L'Église s'est fourrée dans une impasse dogmatique et est condamnée à répéter sans cesse ses erreurs" (p.213). "Elle manipule la Vérité", ajoute-t-il malicieusement (p.217).
En 1970, Küng subit une attaque qu'il ne digère pas de son ami Karl Rahner qui conteste son livre-choc "Infaillible?". Celui-ci s'en prend à sa théologie en le qualifiant de "protestant libéral et de philosophe sceptique". Dans l'esprit de Küng, Rahner venait de rejoindre "l'archiconservateur Jean Daniélou (sic)" (p.218). Il est outré de voir qu'on juge sa théologie sur l'infaillibilité à partir d'une doctrine dogmatisée, sclérosée et néoscolastique. Et il se pose même une question existentielle: "ne suis-je pas globalement plus luthérien que catholique?" (p.229).
Pendant que Karl Barth félicite Küng pour son livre "l'Église" le qualifiant "d'évangélique" (p.231), il publie en 1973 un livre intitulé "Faillible? Un bilan" en réponse à Ratzinger. Dans ce bouquin, il dénonce le catholicisme romain et vante son "vrai catholicisme" (p.231) en laissant sous-entendre que les vrais théologiens catholiques seraient peut-être du côté protestant, pendant que Rome "barre toute entente œcuménique" (p.232). Lui, attache beaucoup de crédibilité aux Réformateurs, mais Ratzinger est resté esclave "de l'antique Église des Pères" (p.234). Donc, il faut mettre sur la table l'infaillibilité et la primauté pontificale.


