Hans Küng, prêtre et théologien rebelle (4) - Les voyages
NDLR : Suite à la publication du Tome II des Mémoires de Hans Küng, je vous propose une analyse de son livre. Compte tenu de sa longueur, nous vous la présentons sous forme d’une série de onze articles intitulée « Hans Küng, prêtre et théologien rebelle ».
Hans Küng a passé une partie de sa vie à voyager autour du monde. Dans un style triomphaliste, il raconte en détail tous ses déplacements. Les foules l'acclamaient comme un héros lors de ses conférences. Un nombre très important de prêtres et de théologiens l'appuyaient à ses dires contre l'inquisition romaine. Voilà ce qu'il raconte dans son cinquième chapitre. À l'unanimité, on l'encourageait à "refonder à neuf la théologie pour une chrétienté moderne" (p.251). Il préparait durant ses périples son livre "Être chrétien". En Russie, il n'a pas trop apprécié l'Église orthodoxe à cause de son liturgisme peu adapté à notre époque (p.259) et son caractère monastique traditionnel et fétichiste (p.260). Les religions orientales et même l'islam semblent lui avoir beaucoup plu. Notre voyageur a toujours été reçu dans "des salles combles" (p.284) "qui l'ovationnaient" (p.297) pendant que les médias se bousculaient pour lui donner un flot de publicité qui semblait faire son affaire. Et il conclut que "la nouvelle théologie chrétienne doit être une véritable théologie du monde" (p.291), ce que refuseraient, paraît-il, Ratzinger et la méchante Curie romaine.
Conviction aveugle
Hans Küng est convaincu qu'il combat pour la Vérité (sa vérité) et qu'il est "fidèle au Christ et au Nouveau Testament" (interprété à sa convenance!), répète-t-il à plusieurs reprises. IL se vante que sa théologie part d'en bas et de Jésus vraiment homme (p.309) contrairement à la théologie néoscolastique imposée par Rome. En 1972, il prend conscience que "des dizaines de milliers de prêtres quittent leur ministère" (p.315) parce qu'ils n'acceptent pas l'enseignement officiel de Rome sur la régulation des naissances, le célibat ecclésiastique, la morale conjugale, les mariages mixtes, l'élection des évêques et du Pape, etc. "L'Église vit une crise épouvantable et sa crédibilité n'aura jamais été aussi faible" (p.315), dit-il amèrement. Voilà pourquoi il affirme "s'opposer au Pape, à la Curie et à l'épiscopat" (p.317), car "l'immense majorité des catholiques" (p.318) en ont ras le bol de Rome (Vive les sondages populaires!). Il se dit le leader mondial de l'opposition contre la Curie romaine, tout en jouissant "d'une grande influence publicitaire, grâce à la maîtrise de l'industrie journalistique" (p.319) en sa faveur. La revue théologique "Concilium" était devenue, grâce à Küng et à une brochette de théologiens de gauche, l'organe officiel d'opposition au Vatican, pendant que "le conservateur Balthasar fondait la revue «Communio» avec le soutien de Ratzinger et de De Lubac" (p.322).
Küng ne pouvait plus se taire. Il encourageait les curés, les vicaires, les laïcs, les conseils paroissiaux, sacerdotaux, diocésains et nationaux à se battre contre "le système ecclésiastique médiéval romain" (p.323), en prenant des initiatives locales de plus en plus audacieuses. Pour lui, c'est une lutte à finir contre Rome, c'est un rapport de forces nécessaire, même si le 25 avril 1972 "L'Osservatore Romano" publie un article contre cette offensive tous azimuts en parlant "de désobéissance, de rébellion et d'anarchie" (p.325-326).


