Hans Küng, prêtre et théologien rebelle (6) - « Être chrétien »
NDLR : Suite à la publication du Tome II des Mémoires de Hans Küng, je vous propose une analyse de son livre. Compte tenu de sa longueur, nous vous la présentons sous forme d’une série de onze articles intitulée « Hans Küng, prêtre et théologien rebelle ».
Après avoir refusé de corriger son livre "L'Église" selon les recommandations des autorités hiérarchiques, Hans Küng se lance dans l'écriture d'un nouvel ouvrage "Être chrétien" dont la maison d'édition sera désormais laïque (surtout pas catholique!).
Dans ce livre-choc, nous aurons droit "au véritable Jésus" et non pas "au Jésus domestiqué par l'Église actuelle" (p.411). Il paraît, nous dit Küng, "qu'au lendemain de Vatican II les Jésuites s'étaient engagés en faveur d'une réforme catholique allant dans le sens protestant "(sic) (p.410). Alors, la table est mise pour son nouveau livre où il nous donnera la bonne recette pour être un vrai chrétien (pas trop catholique!) à la sauce moderne où le culte, la loi, les institutions, la hiérarchie et les traditions sacrées seront en grande partie rayés de la carte. Son modèle chrétien est à l'opposé de Ratzinger. À partir du Christ, il dit proposer un modèle qui provoque, engage et dérange, en accord avec notre monde postmoderne. Les chrétiens ne doivent plus fonder leur foi sur Rome; "il faut redonner aux hommes de notre temps la base (la sienne!) sur laquelle ils peuvent fonder leur foi" (p.420). Après la parution de son livre le 3 octobre 1974, c'est la déception: critiques, condamnations, mises en garde, etc. s'accumulent pendant qu'il refuse "de se taire et de se repentir" (p.423). Face à la dure critique ecclésiastique "Être chrétien" récolte "un succès mondial" (p.425); publié dans une douzaine de langues, c'est le best-seller de l'année... "bien mieux que la littérature pieuse et les lettres pastorales" (p.425), ironise Küng. Même si on l'accuse d'être un libre penseur, celui-ci avoue adorer la controverse; voilà "la grande recette médiatique" (p.426).
Les Conférences épiscopales dénigrent son livre, car il ne peut pas s'accorder avec la dogmatique traditionnelle (christologie, doctrine de la Trinité, théologie de l'Église et des sacrements, rôle de Marie dans l'histoire du salut, etc.) (p.432). Küng se vante d'avoir la solution pour un véritable oecuménisme. Il faut s'unir avec les protestants!! (p.432). "Le peuple chrétien (il ne dit plus catholique!) me soutient" (p.435), dit-il.
Le 27 janvier 1977, Paul VI dépose un document intitulé: "Déclaration sur la question de l'accession des femmes au sacerdoce", qui est diamétralement opposé aux idées de Küng publiées dans son livre "Être chrétien". Notre grand féministe se choque (p.436) et traite le Pape et le Magistère de tous les noms, car Rome aurait "une image de la femme totalement dépassée" (p.436). Il en profite à cette époque pour défendre le schismatique Mgr. Lefebvre qui aurait été victime lui aussi de "l'Inquisition vaticane" (Incroyable!!) (p.439). Il accuse Ratzinger et Balthasar (p.442 à 449) de manquer d'objectivité en refusant "une vraie discussion scientifique sur les dogmes et les conceptions traditionnelles de la foi", affirmant haut et fort (p.448) que les spécialistes (les exégètes modernes) s'opposent massivement à plusieurs questions délicates comme la naissance virginale, le tombeau vide, la marche de Jésus sur le lac, le changement de l'eau en vin, la pêche miraculeuse, etc. Son livre "Être chrétien" présenterait plutôt une foi dite adulte "capable de s'autocritiquer" (p.450) ainsi que "le message chrétien à neuf" (p.453). Il va même jusqu'à soutenir le plus sérieusement du monde "qu'en cas d'urgence, tout fidèle baptisé non ordonné peut célébrer l'eucharistie" (p.423).
Le 4 avril 1976, il est mort de rire, car il donne une conférence de presse à Rome "sous le nez de Sa Sainteté" (sic) pour faire la promotion de son livre "Être chrétien"! Quel culot! Küng est de plus en plus populaire: "Ma correspondance ne cesse de s'accroître", dit-il (p.462). Il s'inquiète de ses amis (p.464) qui en ont marre de l'Église, comme le canadien Grégory Baum qui quitte le sacerdoce pour se marier et "un jeune théologien qui vient de se faire opérer pour changer de sexe et qui ne trouve plus aucune place académique" (p.464).
Enfin le 19 avril 1975, il commence à écrire un nouveau livre "Dieu existe-t-il?". Quant à "Être chrétien", "la discussion est close et je vais de l'avant" (p.466).


