Hans Küng, prêtre et théologien rebelle (8) - Les trois papes
NDLR : Suite à la publication du Tome II des Mémoires de Hans Küng, je vous propose une analyse de son livre. Compte tenu de sa longueur, nous vous la présentons sous forme d’une série de onze articles intitulée « Hans Küng, prêtre et théologien rebelle ».
Le 6 août 1978, c'est le décès de Paul VI. La revue "Concilium" publie aussitôt un article qui sera repris dans la presse mondiale intitulé "le Pape que nous souhaitons" (p.527), c'est-à-dire, "un Pape social qui acceptera les divorcés remariés, les prêtres mariés, les couples mixtes, la régulation des naissances, etc."; on veut "un vrai réformateur ouvert au monde" (p.530-531).
Le 26 août 1978, on élit le cardinal Luciani (Jean-Paul I). Hans Küng a bien aimé ce Pape qui aurait peut-être pu "s'imposer à la Curie" (p.534). Malheureusement, le 29 septembre 1978 Jean-Paul I meurt dans des circonstances "très nébuleuses" (p.539). Küng soupçonne le complot à la manière du Code Da Vinci: la Curie, la mafia, l'Opus Dei, etc. (p.539)!
Le 17 octobre 1978, Karol Wojtyla est élu Pape. Après s'être réjoui de cette élection (fini le monopole italien), Küng désenchante très vite car l'Église polonaise avait toujours été très hostile à sa théologie. Il affirme que ce Pape "n'a jamais lu ses livres" (p.541). La guerre continue! Pour Hans Küng, le Conclave a élu le Pape de l'Opus Dei, "organisme fascisto-catholique et sectaire" (p.542). Il fera "oublier Vatican II", en ajoutant "qu'il avait un mépris de la sexualité et de la femme" (sic), tout en faisant la promotion "de l'auto-mortification", adorant "contrôler ses évêques et restant étranger à la théologie contemporaine" (p.543). Voilà pourquoi ce "terrible Pape" traditionaliste osera canoniser Josémaria Escriva de Balaguer, le fondateur de l'Opus Dei, que Küng déteste au plus haut point.
Il accuse Jean-Paul II "d'avoir vendu à son public sa doctrine et sa politique réactionnaire grâce à son charisme de grand communicateur" (p.544). Fidèle ami de tous les théologiens rebelles comme Gutierrez et Boff, il dit "accepter l'analyse marxiste des mécanismes du système économique capitaliste" (p.549) pendant que le nouveau Pape et son chien de garde Ratzinger, dits réactionnaires, attaquent à fond de train la théologie de la libération si chère à Küng. À ses yeux, Jean-Paul II ne dialogue pas; il nomme des évêques conservateurs; "c'est le retour à l'index et à l'Inquisition" (p.554). Il envisage même de canoniser le Pape Pie IX ce "psychopathe" (sic) (p.555), le Pape de l'infaillibilité qui provoque chez Küng les pires crises d'urticaires.
Devant "cet épouvantable spectacle" que font les Lubac, Rondet, Congar, Rahner, etc.? "Ils se taisent" soupire rageusement Küng (p.556), ajoutant: "c'est de mon devoir de ne pas me taire" (p.558). Pendant que Rome continue "de refuser la démocratie et de se fermer aux sciences de la nature" (p.568), Küng enseigne sa théologie et parcourt le monde.


