Hans Küng, prêtre et théologien rebelle (9) - La grande confrontation
NDLR : Suite à la publication du Tome II des Mémoires de Hans Küng, je vous propose une analyse de son livre. Compte tenu de sa longueur, nous vous la présentons sous forme d’une série de onze articles intitulée « Hans Küng, prêtre et théologien rebelle ».
L'heure de vérité approche pour celui qui dit: "je vois l'unité des Églises dans leur diversité" (p.582). Küng dénonce violemment en 1979 (p.585) Jean-Paul II qui, à ses yeux, fait un retour en arrière et qui refuserait d'obéir au Concile. C'est "un cri d'alerte de portée mondiale" (p.586) lance-t-il dans tous les médias de la planète, pendant que "le Pape ressent cela comme une attaque de sa personne et de sa théologie" (p.590). Küng qualifie le Pape de "néoscolastique traditionnel" contaminé par le théologien dominicain Garrigou-Lagrange et par la Somme théologique de St-Thomas (p.591). Les forces conservatrices (p.592) et l'inquisition de Pie XII (p.590) restent à la mode. On a une papauté "impériale et totalitaire" (p.592). "Profonde déception", dit Küng (p.593).
En novembre 1979, le Collège cardinalice se réunit. Le Pape reçoit en audience privée les cardinaux allemands et on discute du retrait de la charge d'enseignement de Hans Küng. Ratzinger déclare: "Hans Küng ne représente tout simplement plus la foi de l'Église catholique. Il conteste énergiquement l'essentiel de la doctrine catholique; il ne parle donc plus qu'en son nom personnel" (p.594). Küng révolté parle de son côté "de diffamation et de chasse aux sorcières" (p.595). Le 27 novembre 1979, "deux mille auditeurs m'applaudissent très fort à Ratisbonne dans un auditorium bourré à craquer", dit-il (p.596). Il se proclame "le combattant isolé" soutenu par "l'énorme masse de chrétiens (sensus fidelium)" bien décidé à combattre Rome (p.598).
En 1979, plusieurs théologiens amis de Küng sont condamnés par la Congrégation de la foi: Pohier, Curran, Schillebeeckx, etc.; ceux-ci ne peuvent plus s'autoproclamer théologiens catholiques. Aux yeux de Küng, il y a de plus en plus "de dénonciateurs et de mouchards" (p.601) au service de "l'inquisition romaine". "Qui sont les vrais catholiques?" se demande Küng (p.604). Pendant que Jean Galot S.J. professeur dit "ultra conservateur" à la Grégorienne traite Hans Küng "d'hérétique et d'arien" (p.604), notre théologien vedette affirme qu'il ne s'est pas trompé (p.605) et que c'est lui qui serait le vrai catholique, même si tous ses livres "n'ont suscité aucune joie chez les évêques marquants de l'Église" (p.606).
Le président de la Conférence épiscopale allemande, le cardinal Höffner, déclare en décembre 1979: "Küng ne croit ni à Noël, ni à la naissance virginale" (p.609). Le 18 décembre 1979, Rome rend public un décret concernant Küng: "le retrait de l'habilitation de l'Église" (p.607). L'étau se resserre sur notre rebelle qui répond: "Je reste prêtre catholique, même si on veut me liquider académiquement" (p.614). "C'est une trahison de la Vérité" (p.618). La colère de Küng est foudroyante: "évêques laquais d'un Magistère infaillible, grands prêtres, scribes, establishment, etc." (p.621). Rome a tranché et déclare: "Les opinions doctrinales du professeur Hans Küng sont en opposition manifeste avec la doctrine de l'Église" (p.621), ce qu'il rejette du revers de la main, car le bon peuple est d'accord avec lui. Jean-Paul II ajoute également que "Küng s'est écarté de la plénitude de la Vérité de la foi catholique... il ne peut plus enseigner en tant que tel" (p.621). La Congrégation de la foi décrète: "On ne peut plus considérer Küng comme un enseignant catholique... sa mission canonique à l'université de Tübingen lui a été retirée" (p.622).
"J'ai honte de mon Église... elle perd sa crédibilité... procès secrets d'inquisition... comme Galilée...etc. (p.624-625); la bagarre n'est pas terminée contre la superpuissance de l'appareil ecclésiastique" (p.625) crie Küng sur toutes les tribunes, pendant que ses étudiants le portent en triomphe. Alors, il refuse d'obtempérer à Rome et déclare haut et fort "je reste" (p.626) ovationné longuement (p.627) par la meute étudiante. Il reçoit paraît-il, "des messages de solidarité" en quantité industrielle. Il est devenu "la figure symbolique de la résistance et de l'opposition" (p.628).


