Hans Küng, prêtre et théologien rebelle (10) - Vers un compromis
NDLR : Suite à la publication du Tome II des Mémoires de Hans Küng, je vous propose une analyse de son livre. Compte tenu de sa longueur, nous vous la présentons sous forme d’une série de onze articles intitulée « Hans Küng, prêtre et théologien rebelle ».
Cette crise interminable tire à sa fin. Dans un premier temps, les professeurs de la faculté de théologie catholique de Tübingen déclarent que Küng va rester professeur malgré le décret romain; il exige une rencontre au sommet avec le Pape à Rome. Le 30 décembre 1979, la décision négative de Jean-Paul II ne met pas fin au conflit. Küng s'entête encore plus! Le combat continue (p.642). "Les réactions hostiles et parfois violentes se manifestent dans toutes les couches de la population, y compris dans le clergé", affirme Küng (p.643). Tous les évêques allemands signent une lettre pastorale à lire en chaire (imprimée à 3.5 millions d'exemplaires) pour le dénoncer (p.644). Encore une fois, il se tourne vers les médias, son mur des Lamentations préféré. On lui propose même une chaire protestante à Zurich, ce qu'il refuse, se disant toujours excellent catholique. La planète entière est en état d'alerte (p.649)! "Je reçois chaque semaine dix mille lettres, dont seulement 10% négatives", dit-il (p.650). Les artistes suisses l'appuient (p.650) pendant que l'hostilité au Pape grandit (p.653) et "pas un fidèle ne proteste" (p.653), se réjouit Küng.
Le 4 février 1980, coup de théâtre: la faculté de théologie catholique de Tübingen change son fusil d'épaule et décrète l'exclusion de Küng (p.660). "Trahison, flagorneries, obséquiosités, dissimulations vaseuses, jeu d'intrigues, etc." (p.661 à 663) clame Küng. Que faire? Encore une fois les médias viennent à sa rescousse. Roman? Film? Toutes sortes de rumeurs circulent pour encenser Küng et diaboliser Rome (p.667). Mais, "Küng doit se débrouiller tout seul" (p.671), avoue-t-il, complètement dépité! "J'ai perdu une bataille, mais pas la guerre" (p.674). "À la manière de Paul, je vais résister, car il n'y a aucun Paul dans l'épiscopat" (sic) (p.675).
Devant la tempête médiatique qui fait rage, un compromis avec Rome pointe à l'horizon: Küng pourrait se retirer lui-même au lieu d'être jeté à la porte (p.678), tout en renonçant à son droit de donner des cours , de faire passer des examens et de prendre part aux nominations (p.681). Il propose à l'Université de Tübingen "de détacher de la faculté de théologie catholique officielle sa chaire et l'Institut de recherches œcuméniques" (p.682). Le 8 avril 1980, l'accord est signé et Rome accepte. "Voilà, dit Küng, ce qui a permis au perdant apparent d'être en réalité le vainqueur" (p.684). Küng "le supposé vainqueur" se bombe le torse. Il garde son poste, c'est-à-dire un nouveau poste créé spécialement pour lui personnellement, où il aura une liberté académique tous azimuts et où il enseignera ce qu'il voudra en son nom personnel (p.694).
À la fin de son livre, Küng ne se gêne pas pour faire son éloge personnel: "je suis un érudit, un savant, un intellectuel... sur la liste des cent plus importants intellectuels du monde des deux revues Foreign Policy (États-Unis) et Spectator (Grande-Bretagne)" (p.696). "Jamais je n'accepterai, dit-il, de m'aplatir devant l'Opus Dei et le Wojtylisme" (p.698). "Je suis un homme de science qui va au fond des choses... et qui résout les problèmes" (p.698). Il lance à la planète les mots d'ordre suivant: "résistez... tenez bon (p.701); on veut un autre clergé et une autre théologie (p.699), car l'Église catholique est en danger de se réduire à une secte... dont la vision de l'Évangile serait purement antique et romantique" (p.703). "À notre époque, le théologien doit se frayer la voie entre le relativisme de la Vérité (Küng) et un absolutisme de la Vérité (le Pape)" (p.704).
En 1996, Hans Küng prend sa retraite et dit adieu à Tübingen "sans avoir vendu mon âme en échange d'un pouvoir au sein de l'Église", dit-il en se pétant les bretelles (p.705). Maintenant, il parcourt le vaste monde enseignant sa théologie librement et " combattant tout en résistant" (p.707). Hans Küng, le grand rebelle, est toujours en 2010 officiellement prêtre catholique romain en profond désaccord avec le Pape et le Magistère.


