Quand les médias désinforment: à propos des vrais et des faux martyrs
Deux événements en 2007 ont fourni l’occasion aux médias de décocher encore quelques vieilles flèches empoisonnées contre l’Église. La béatification de martyrs espagnols et la publication d’archives sur le procès des Templiers ont fait ressurgir à la surface d’indécrottables préjugés anticléricaux. Des démons qui ne veulent pas mourir en dépit du fait que la révélation honnête des faits aurait dû normalement les chasser pour de bon de la place publique.

Des étudiants déploient des portraits de membres du clergé, tués avant et pendant la guerre civile de 1936-39, lors de la cérémonie de béatification de 498 martyrs espagnols au Vatican.
Photo CNS/Chris Helgren, Reuters
Dans le cas de la béatification de 498 martyrs espagnols, la désinformation avait beau jeu de les associer à la dictature honnie de Franco. D’autant plus que, quelques jours à peine après la béatification du plus grand nombre de personnes en une seule fois dans l’Histoire, l’actuel gouvernement socialiste de Zapatero passait une loi pour réhabiliter la mémoire des victimes de la guerre civile, qui a fait 500 000 morts des deux côtés entre 1936 et 1939, dont 50 000 ont été fusillés par les forces fascistes lors du, renversement du gouvernement révolutionnaire par Franco.
L’information sur laquelle les médias ne se sont certes pas appesantis quand ils ne l’ont pas carrément ignorée, c’est le fait que les martyrs espagnols ont été des victimes de la gauche socialiste avant et pendant la guerre civile. Les révolutionnaires au pouvoir au début des années 30 étaient férocement anti-cléricaux.
«La terreur rouge», comme on a qualifié la persécution religieuse qu’ils ont enclenchée, a d’ailleurs été dénoncée dès 1933 par Pie XI dans l’encyclique «Dilectima nobis»; l’honnêteté et l’objectivité auraient réclamé que cela soit dit. Quelques 10 000 prêtres, religieux, religieuses, évêques, laïcs, hommes et femmes ont été emprisonnés, maltraités, torturés et assassinés par les milices révolutionnaires athées. Des victimes à cause de leur foi et non pour des raisons politiques.
Certes, il y a eu dans l’Église d’alors des prises de position tendant à légitimer l’insurrection menée par Franco. Mais on peut comprendre que les évêques et les prêtres de l’époque n’avaient pas d’autre choix que de soutenir un mouvement politique et militaire qui visait à renverser le gouvernement stalinien qui les massacrait.
La Conférence des évêques de l’Espagne a insisté sur le fait que les 498 martyrs, qui s’ajoutent aux 479 autres béatifiés sous le pontificat de Jean-Paul II, dont 11 déclarés saints, ont tous été traités cas par cas et reconnus martyrs de la foi et non victimes d’une cause politique. On s’attend à ce que les procès en cours pouvant conclure à l’héroïcité des vertus d’autres martyrs pourra éventuellement amener le nombre de ces béatifications à plus de 2000.
Dans un message pour souligné l’événement du 28 octobre, les évêques affirmaient que les nouveaux béatifiés ont tous en commun d’avoir été «des hommes et des femmes de foi et de prière, centrés essentiellement sur l’Eucharistie et sur la dévotion à la très sainte Vierge… Grand fut leur courage quand ils ont dû confesser leur propre condition de croyants; toujours prêts à consoler leurs camarades de prison; à refuser toute proposition visant à les faire renoncer à leur propre identité chrétienne… Ils ont fait preuve d’une grande force quand ils ont été maltraités et torturés… ils ont pardonné à leurs assassins et ont prié pour eux; ils sont arrivés au sacrifice l’esprit serein et le cœur en paix, en louant Dieu et Jésus Christ».
«Processus contra Templarios»
En ce qui concerne la publication d’archives du Vatican sous le titre de «Processus contra Templarios» (Procès contre les Templiers), le biaisement des informations a pris une tournure plus subtile encore mais non moins pernicieuse.
Passons outre au fait qu’on ait irrespectueusement qualifié l’initiative d’«opération de marketing». Le Figaro, entre autres, titrait la nouvelle: «Quand le Vatican se met à vendre les Templiers».

Le document dans lequel le pape Clément V exonore les Templiers d’hérésie a été richement enluminé. Les 799 copies numérotées du volume de 300 pages sont destinées aux bibliothèques, aux spécialistes de l’histoire médiévale et aux collectionneurs.
Photo CNS /Alessandro Bianchi, Reuters
Plusieurs reportages ont insinué que l’Église de Rome, dans le but de se disculper, se serait en quelque sorte tirée dans le pied en publiant des «archives secrètes» qui projettent la lumière sur son rôle dans l’éradication des Templiers. Et pour remettre encore du piquant dans la sauce du soupçon, on a évoqué en passant les thèses accusatrices de Dan Brown, laissant ainsi entendre que ses romans reflétaient plus la vérité historique que la fiction.
Or, c’est tout l’opposé qui est vrai. Ce n’est pas le Vatican qui est ici démasqué mais les délires imaginatifs de l’auteur du Code Da Vinci, souvent présentés par les médias comme des vérités historiques occultées... par l’Opus Dei.
Selon le roman de Dan Brown, le pape Clément V aurait décidé d’éliminer les Templiers et se serait servi du roi de France, Philippe VI le Bel, comme complice pour envoyer les dirigeants de l’Ordre au bûcher en tant qu’hérétiques. L’un des documents du 14e siècle publié dans «Processus contra Templarios» prouve exactement le contraire. Ce n’est pas le pape qui a manipulé le roi français mais bien ce dernier qui a forcé la main du pape.
Le parchemin, qui avait été mal classé au 17e siècle dans les gigantesques archives du Vatican couvrant actuellement deux millénaires d’histoire, a été retrouvé en 2001. On en connaissait l’existence mais des incertitudes planaient sur son contenu vu que l’original avait été égaré.
Le manuscrit en question, identifié comme l’Acte de Chinon, reproduit l’interrogatoire, par trois cardinaux émissaires du pape, des dirigeants de l’Ordre, qui dépendait statutairement du Saint-Siège. Il les disculpe des hérésies avouées antérieurement sous les tortures infligées par les bourreaux du tribunal français.
Dans un premier temps, le pape Clément V absolvait les Templiers et recommandait, à l’issu de son enquête, une réforme de l’Ordre. Il jugeait que certains rites d’initiations (comme cracher à côté de la croix et baiser le bas du dos, le nombril et la bouche d’un compagnon Templier), associés au reniement du Christ, à la sodomie et à la sorcellerie, n’étaient pas de nature sérieusement blasphématoire et pouvaient être absous par une sincère repentance.
Mais cette décision n’obtenait pas l’aval du roi de France. En moins de deux siècles d’existence, les Templiers étaient devenus si puissants et riches qu’ils constituaient un État dans l’État. Philippe le Bel était profondément enfoncé dans les dettes avec eux. Et il convoitait leurs biens pour financer sa guerre contre l’Angleterre.
Par crainte d’un schisme français, Clément V cédait au chantage politique de Philippe le Bel et dissolvait l’Ordre en 1312.
