Évolution et création, un couple qui marche main dans la main
Les médias n’ont pas manqué de souligner, avec une belle emphase, le 200e anniversaire de la naissance de l’un des plus grands génies de la science moderne, Charles Darwin. Les programmes et les articles, toutefois, n’ont pas toujours respecté l’objectivité requise de tout bon reportage. Lors de la présentation de la thèse de l’évolution, on a souvent fait ressortir une soi-disant incompatibilité entre la théorie du naturaliste et la foi en un Créateur.

Charles Darwin
Photo CNS
Ainsi, les actualités télévisées du 12 février de Radio Canada affirmaient péremptoirement «que l’homme n’a pas été créé par Dieu, il est le fruit de l’évolution» (sic). Après avoir présenté les faits scientifiques de l’évolution biologique, la journaliste Lise Villeneuve soutenait que la thèse de Darwin constituait «des propos sacrilèges pour l’époque». Et pour bien démontrer l’obscurantisme anti-scientifique de la foi en un Dieu créateur, elle cédait la parole à un “créationniste” américain farouchement opposé aux évidences de l’évolution.
Le créationnisme est une idéologie originaire des États américains du sud. Il s’agit d’un courant marginal de fondamentalistes protestants qui s’opposent à l’enseignement de l’évolution dans les écoles sous prétexte que la théorie, dont ils contestent le caractère scientifique, contredirait la lettre de la Bible.
Or, la très grande majorité des chrétiens bien informés d’ici ne partagent pas ces points de vue. De plus, l’Église s’est prononcée favorablement sur le sujet à plusieurs reprises depuis Pie XII. Tout récemment encore, Benoît XVI a rappelé qu’il n’y a «pas d’opposition entre la foi en la création et les évidences des sciences empiriques». C’était à l’occasion d’un colloque organisé par le Vatican, du 31 octobre au 4 novembre derniers, sur «l’évolution de l’univers et de la vie», auquel ont participé 80 scientifiques, philosophes et théologiens.
Plutôt que d’aller chercher dans le Sud américain une entrevue d’un obscur créationniste toqué comme un âne, la journaliste de Radio Canada aurait pu obtenir, ici même et sans frais de déplacement, une information plus objective sur la position réelle de l’Église. Et d’autant qu’un fait d’actualité l’aurait commandé. Car pour marquer l’anniversaire de la naissance de Darwin et le 150e anniversaire de son œuvre maîtresse, l’Académie pontificale des sciences —un organisme fondé par la papauté, il y a plus de quatre siècles, réunissant des savants du monde entier— tiendra une conférence au Vatican du 3 au 7 mars sur le thème de «L’évolution biologique: les faits et les théories».
«Il ne s'agit pas ici de ‘célébration' en l'honneur du scientifique anglais», a affirmé le père jésuite Marc Leclerc, directeur du congrès, à Zenit. «Il s'agit de prendre la mesure de l'événement qui a marqué pour toujours l'histoire de la science et a influencé la manière de comprendre notre humanité.»
L'agence de nouvelle de Rome précise que «durant les 9 sessions de l'événement, qui se dérouleront sur 4 jours, les participants proposeront de réconcilier les termes de création et d'évolution sans transformer la première en théorie scientifique ou réduire la seconde en un dogme. Scientifiques, théologiens et philosophes de plusieurs universités dans le monde parleront du rapport entre science, théologie et philosophie et rappelleront que chacune d'entre elles représente un domaine différent du savoir. Ils analyseront aussi le fait qu'une conjugaison erronée des termes peut provoquer une confusion et des controverses idéologiques qui concernent tant la théologie que la science.»
Voilà un événement à venir qu’il aurait été opportun de souligner dans le contexte du reportage. Mais la simple mention de cette actualité n’aurait-il pas torpillé la thèse voulant faire croire à un conflit insoluble entre l’évolution et la foi en Dieu? Comment alors ne pas soupçonner, dans ces reportages biaisés qui les renvoient dos à dos, une propagande anti religieuse visant à discréditer l’Église et les croyants, tous mis dans le même sac de l'intégrisme par la journaliste?
Ici, l’ignorance n’est pas une excuse. Car c’est un truisme de distinguer les domaines respectifs de la science et de la religion, des démarches dans la quête de la vérité qui ne répondent pas au même questionnement. La science vise à expliquer le comment de la réalité, la religion, à dire le pourquoi. Que les sciences puissent expliquer comment les organismes vivants ont évolué et évoluent encore n’infirme en rien la possibilité que Dieu ait pu créer un univers dont la genèse est évolutive (un point de vue qui contribue même à un éclairage théologique inédit et constitue un progrès inestimable dans l’exploration de «la vérité tout entière», selon le mot de l’évangile de Jean).
L’Église catholique, qui évolue elle aussi, a appris, depuis Galilée, à préciser son champ de compétence. «Contentez-vous de nous dire comment on va au ciel, et laissez-nous le soin de dire comment va le ciel», a averti l’astronome aux inquisiteurs d’un passé bel et bien révolu.
Celui qu’on a appelé le Père de la science moderne était lui-même un grand croyant. Il soutenait encore que Dieu avait écrit deux livres qui ne pouvaient pas se contredire: la Bible et la nature. Il revient à l’Église d’interpréter ce que Dieu dit dans la Bible en regard du salut spirituel de l’humanité et aux scientifiques de découvrir ce que Dieu a mis en réserve dans le monde objectif pour son bien-être matériel. Si chacun respecte le domaine de l’autre, «la chèvre de monsieur Séguin sera bien gardée».
