Perdre sa vie… pour la gagner
NDLR: Ce billet a été publié dans le Magazine Le Nic du 20 janvier 2008. Je l'ai rédigé sans même réfléchir suite à ma rencontre avec soeur Annette Pérusse, soeur missionnaire de Notre-Dame d'Afrique qui a célébré 100 ans de vie cette année. Il est un cri du coeur, une reconnaissance, une joie, un trop plein. Cette femme m'a littéralement bouleversée et elle m'a fait sortir de mes préjugés. Vous pouvez lire son témoignage disponible également sur notre site: 99 ans de bonheur l'ont gardée jeune!
J'ai vu et entendu une histoire d’amour extraordinaire. Celle d’une épouse qui a aimé son Époux jusqu’à lui donner toute sa vie. Celle d’une femme devenue mère d’une multitude sans avoir jamais engendré elle-même. Celle d’une femme qui a fait corps avec tout un peuple. Celle d’une vierge qui a épousé la pauvreté, les pauvres.
Comme j’aurais aimé avoir un caméscope au lieu d’un appareil photo! C’est que j’aurais voulu que vous puissiez voir, entendre et goûter par vous-même la beauté de soeur Annette… à 99 ans. Il me semble qu’il n’est pas possible de vous transmettre par écrit tout ce que le Seigneur a fait d’elle. Cette femme tellement simple est en même temps absolument impressionnante! Il ne s’en fait
plus beaucoup des comme ça!
J’aurais aimé que vous puissiez l’entendre dire le mot «pauvre». Vous auriez alors vu comme moi à quel point il était empreint de compassion, d’amour, de conscience et de certitudes. J’aurais voulu que vous puissiez voir ce petit sourire coquin quand elle parle de ces enfants noirs qu’elle aime tant… et ses yeux s’embuer quand elle évoque son départ d’Afrique.
Même si soeur Annette sait comment raconter, elle n’a pas besoin d’en dire beaucoup pour toucher. En fait, sa simplicité attire. Elle fait rire. Loin d’être déconnectée de la réalité, malgré son âge, elle est complètement consciente et préoccupée de ce qui se vit sur notre planète, de la déchéance dans laquelle notre monde s’enfonce.
À l’écouter, on découvre à quel point on a tout jeté pardessus bord, le bébé avec l’eau du bain. Elle fait revivre une époque où il était normal de renoncer à ses projets pour aider, pour prendre soin de ses parents. On est loin de ça aujourd’hui quand on constate le mépris et l’indifférence à l’égard des personnes âgées! Elles ont pourtant des trésors de sagesse dont notre société
aurait grandement besoin.
En ce temps-là, il était habituel de se poser des questions sur sa vocation. Ces femmes et ces hommes qui sont partis en mission ont vraiment tout abandonné. Quand ils partaient, c’était «pour ne jamais revenir», comme le dit soeur Annette.
Pour elle, partir n’a pas été si difficile. Ce grand renoncement a été largement compensé par l’amour de ceux dont elle a pris soin, a-t-elle confié.
Cette femme n’a aucune amertume en elle. Elle est libre des jugements des autres. Bien sûr, elle a souffert. Mais sa vie a été marquée par l’amour du prochain. Son corps brisé a pourtant résisté pendant 99 ans! N’est-ce pas là un signe de vitalité intérieure? Et dans un monde où l’une des nouvelles religions est de prendre soin de son corps, c’est quand même un discours qui tranche!
À l’écouter, on réalise à quel point on vit à côté de l’essentiel, obsédés que nous sommes par des choses insignifiantes et sans valeur! Face à la mort, à quoi serviront toutes ces «bébelles» auxquelles nous tenons tant aujourd’hui? Qui profitera de nos greniers bien garnis? Ce corps que l’on traite avec tant de soins sera livré aux vers ou au feu. Personne n’y échappe.
Soeur Annette est la preuve vivante que si l’on s’occupe des oeuvres du Seigneur, Lui, s’occupe de nous. Elle est à la fois l’illustration de l’amour de Dieu et la dénonciation de nos égoïsmes. Elle est encore aujourd’hui missionnaire parce qu’elle porte en elle toutes ces années où elle s’est donnée aux autres en s’oubliant elle-même.

