Lydie, surdouée… en bonheur!
NDLR: Ce billet a été publié dans le Magazine Le Nic du 23 mars 2008. Je l'avais rédigé dans le cadre du témoignage d'Alain et Monique, les parents de Lydie, trisomique, paru dans le même numéro. En fait, je n'ai pas eu beaucoup de travail à faire; j'ai surtout recueilli les propos des parents de cette enfant délicieuse. Ce discours, rarement entendu, devrait être diffusé partout dans le monde pour crier la vie. Il est une réponse fulgurante et étonnante pour défendre ces merveilleux petits.
Les trisomiques nous rendent parfois mal à l’aise. Mais pourquoi? Est-ce parce que nous aussi, comme l’explique Monique, nous sommes pris par l’idole de la beauté et de l’intelligence? Est-ce parce qu’on est ignorants en la matière? Est-ce parce que nous sommes gênés devant tant de sans-gêne de leur part? Ou est-ce parce qu’il nous est difficile d’entrer en relation avec les autres avec autant de simplicité et d’aisance qu’eux?
À moins que ce soit parce nous sommes des “sous-doués” en bonheur? Incapables de recevoir une affection donnée avec tant de spontanéité, sans contraintes, sans peur.
Peur? Aurions-nous peur d’un si petit enfant, si innocent, sans défense? Je pense que oui… Sinon, pourquoi l’élimine-t-on avant même de lui laisser voir le jour? Parce qu’il est dangereux? Encore une fois, je pense que oui… Dangereux, parce qu’il nous fait voir, à nous, les êtres humains «intelligents», ce qu’on ne veut pas voir sur nous-mêmes.
«Les trisomiques sont tellement surdoués, assure Alain. Surdoués au niveau du coeur. Lydie est toujours de bonne humeur. C’est vrai qu’elle n’est pas une enfant normale à ce niveau-là: elle est vraiment surdouée! Quand on dit que c’est la joie de la maison, ce n’est pas pour se consoler ou pour convaincre, c’est une réalité! Je ne peux pas comprendre pourquoi notre société les avorte.»
Surdouée, justement là où nous sommes complètement névrosés. Combien de gens se font psychanalyser parce qu’ils sont incapables d’entrer en relation avec les autres? Nous sommes tellement centrés sur nous-mêmes que nous sommes incapables de voir l’autre. Et on dit que ce sont eux les handicapés?
«Lydie est toujours intéressée aux gens. Elle les regarde avec beaucoup d’attention. Elle est vraiment utile à notre famille, utile à la société. En ce sens-là, elle est encore une fois surdouée. Elle fait réellement du bien! C’est un plus! Ce n’est pas ”on la tolère parce qu’on est chrétien.” Elle est objectivement un plus dans notre famille», affirme Alain.
Oui, mais si on recommençait à accueillir les trisomiques dans nos familles (plutôt que de les avorter…), ce serait un fardeau épouvantable! Une tâche bien trop grande pour nos trains de vie actuels! C’est irresponsable!
«Je pense que c’est une erreur totale de notre société d’avorter comme ça, insiste Alain. Il y a énormément de préjugés, de faussetés qui circulent. C’est pour ça que j’accepte de participer à cet article, pour démystifier la trisomie et encourager les parents à les accueillir.»
«Ça rejoint l’encyclique du pape sur l’espérance. Le monde moderne n’a mis sa confiance que dans la performance, que dans l’intelligence. Les trisomiques nous aident à ne plus espérer dans ces fausses espérances-là. Ce sont des personnes qui sont aimables et qu’on peut aimer au-delà de la performance.»
«Chaque enfant est un miracle, certifie Alain. Je n’en reviens pas, chaque fois, de découvrir un nouvel enfant qu’on ne connaît pas. Pour moi, c’est clair: ce n’est pas nous qui créons cet enfant-là. C’est Dieu!»
On fait l’amour quelques minutes, fait remarquer Alain «et ça donne un être humain, avec un regard humain, avec une âme humaine, qui aime la parole, la musique. Donc, cette grossesse-là, cette enfant trisomique-là aussi vient de Dieu!»
D’accord, mais que fait-on du regard des autres, des jugements qu’on portera sur nous, sur nos choix, sur notre enfant? Avoir un enfant trisomique, c’est un échec! C’est une souffrance qu’on ne peut accepter!
À bien y penser, est-ce qu’on a vraiment le pouvoir d’éviter l’échec ou la souffrance à nos enfants dits «intelligents»? Je suis certaine qu’Alain et Monique répondraient que non. Et ils ont assez d’expérience pour qu’on puisse tenir compte de leur avis… avec leurs quinze autres enfants!
«Au départ, le diagnostic n’était pas une joie. Premièrement, on ne connaissait pas bien ce handicap. Ensuite, on comprenait que c’était le début de toute une aventure… Une des craintes qu’on portait, c’était justement d’être jugés, que notre enfant soit jugée», confie Alain.
Mais pourquoi ne pas se fier à la sagesse de Dieu? C’est Lui qui nous a fait, ne sait-Il pas ce dont nous avons besoin? En tout cas, à en croire Alain et Monique, le Seigneur savait ce qu’Il faisait quand Il leur a envoyé Lydie.
«Une enfant trisomique, termine Alain, c’est un bébé de vieux. Et nous, on a l’âge d’être grands-parents. Comme elle est lente et qu’elle n’est pas exigeante, elle est à notre rythme! Elle arrive à point, pour notre famille, pour nous. On doit reconnaître que c’est vraiment sage comme envoi d’enfant, de la part de Dieu. Alors, maintenant, ce n’est pas quelque chose qu’on subit, c’est une bonne nouvelle!».
«Vois, je te propose aujourd’hui vie et bonheur, mort et malheur. Si tu écoutes les commandements de Yahvé ton Dieu que je te prescris aujourd’hui, et que tu aimes Yahvé ton Dieu, que tu marches dans ses voies, que tu gardes ses commandements, ses lois et ses coutumes, tu vivras et tu multiplieras, Yahvé ton Dieu te bénira dans le pays où tu entres pour en prendre possession» (Dt 30.15-16).
C’est ce que j’essayais de dire! En fait, c’est plutôt ce que Dieu essaie de nous dire! Accueillir la vie donne le bonheur et choisir la mort, le malheur. En ce qui concerne la vie d’Alain et Monique, une chose dont on peut être sûr, c’est qu’ils se sont multipliés! Et le pays promis, ils l’ont certainement vu parce qu’on peut lire sur leur visage la paix de ceux qui ont trouvé encore plus que l’espérance: l’assurance que, dans Son infinie miséricorde, Dieu pourvoit en tout!


