Lettre ouverte à Yves Boisvert de La Presse: ÉCR et Galilée
Merci monsieur Boisvert, C’est tout ce que j’ai le goût de dire. Merci pour votre excellent texte de ce matin : ÉCR et Galilée. Logique, juste et respectueux. J’avoue que c’est un soulagement de voir qu’il y a encore des journalistes dans les médias réguliers qui cherchent à faire valoir la vérité, qui font un travail critique, mais avec éthique.
Depuis ce jugement, on commence à entendre beaucoup mieux le véritable discours qui se cache derrière ceux qui se réclament du cours ÉCR ou d’une laïcité ouverte : sous le couvert d’une supposée recherche de respect et de « vivre avec » et tout le blabla des accommodements raisonnables, on veut, en réalité, démonter toutes les croyances (en particulier celle de notre identité québécoise…). Je crois que la « tolérance » prônée dans ce cours, qui prend toutes les apparences d’un acte de générosité envers l’autre, cache, en fait, une certaine violence, un rejet de l’autre. En effet, « je tolère » à peine les fumeurs, je tolère mon patron, je tolère que les autres soient différents de moi, je tolère la douleur… jusqu’à ce qu’elle soit intolérable ! Bien sûr, dans le dictionnaire, la tolérance revêt un autre sens, mais son emploi dans notre société (plus proche de la définition du verbe) justifie mon propos.
Non, la tolérance ne peut être la solution à notre société. Il faut dépasser la tolérance, aller plus loin. Aimer. Mais ça, c’est beaucoup plus difficile à faire parce que tôt ou tard, si l’on vous marche sur le petit orteil, la tentation d’écraser résolument le pied de l’autre risque de dépasser cette volonté d’aimer. « Si vous aimez ceux qui vous aiment, quel mérite avez-vous ? Aimez vos ennemis ! » Ouf, ça c’est décapant ! Mais ça marche ! Et bien mieux que la tolérance, qui équivaut à mettre un simple sparadrap sur une fracture ouverte.
Pour moi, tout le beau discours d’acceptation des différences de l’autre est une véritable mascarade. Dans les faits, on déteste se faire déranger par nos concitoyens, on ne supporte pas que notre voisin touche à une partie de notre terrain, on n’accepte pas que quelqu’un sorte de la masse pour se dissocier de l’opinion générale (ou généralisée…)
Notre société se leurre. Elle croit avoir tout changé, être novatrice, être plus respectueuse et ouverte. Mais c’est faux, rien n’a changé. À l’époque où le Québec était catholique mur à mur, si quelqu’un osait s’exclure de cette homogénéité, il était, au minimum, pointé du doigt, ostracisé. Aujourd’hui, si les proportions de catholiques/laïques sont inversées, l’attitude est absolument la même : une attaque en règle systématique et à l’unanimité contre toute différence.
Une société ouverte ? Ouverte à n’importe quoi, ça c’est vrai ! Sauf à ce que nous avons été (quelle honte, catholiques !) et à ce que certains sont encore de façon plus juste, sincère et déterminée.
Je suis désolée de le dire, mais nous sommes des moutons, des « suiveux » (québécisme…). Si c’est vraiment notre nature, ce que l’histoire semble vouloir démontrer, il ne nous reste plus qu’à choisir quel genre de berger nous voulons pour guider le troupeau : juste ou perfide ?
Franchement, monsieur Boisvert, j’aime votre texte rationnel qui permet à chacun de se placer, avec honnêteté, du côté qu’il préfère, sans mépriser l’autre. Mais je vous préviens, si vous avez parlé avec justice et justesse, vous risquez de recevoir quelques claques de la part des mordus de la laïcité radicale. Vous pourrez toujours vous consoler en vous disant que c’est toujours moins pire que quelques clous, non ? ;-)
Sophie Bouchard
Directrice adjointe et journaliste
Le NIC (Le Nouvel informateur catholique)
www.enlignetoi.com

