L’espérance chrétienne et la mort de Ben Laden
N.D.L.R. Cet article est tiré du magazine Le NIC du 26 juin 2011.
Maintenant que les émotions fortes se sont calmées, qu’on a cessé d’en parler aux nouvelles et dans nos chaumières, si on revenait sur la mort d’Oussama Ben Laden avec un peu de recul pour faire une lecture chrétienne de l’événement? Est-ce que sa mort était une bonne ou une mauvaise nouvelle? Beaucoup se réjouissent qu’on ait éliminé un terroriste. Mais est-ce qu’un chrétien peut célébrer devant la mort d’un homme ayant vécu une si triste vie? On a tué un homme de même nature que nous, créé par Dieu à Son image et à Sa ressemblance. Un enfant de Dieu, quoi!
On ne peut faire semblant et ignorer que le dirigeant principal du réseau jihadiste Al-Qaïda était complètement trompé, probablement aveuglé par son histoire et ses rancunes personnelles. Sa vie était certainement bourrée de raisons de haïr. Qui sait ce qu’il a souffert et pourquoi il était habité par tant de rancune? La rage, un esclavage qui tue la liberté et la possibilité de bonheur. Ben Laden était un homme profondément malheureux.
Le chrétien devrait être triste devant une mort semblable parce qu’elle a eu lieu avant qu’il puisse entendre raison, admettre ses erreurs, se réconcilier et se convertir. Mourir dans la haine; la pire mort qu’on puisse vivre!
Lorsque le Seigneur a créé Ben Laden, c’était bel et bien pour la vie éternelle. Et c’est pourquoi sa mort devrait nous interpeller à prier, implorant pour lui la miséricorde infinie de Dieu.
C’était troublant de voir tous ces gens se réjouir, célébrer, exploser de joie… «Justice est faite!» «C’est un miracle!» «Ça fait dix ans qu’on attendait ça» On ne peut les juger; ils ont beaucoup souffert eux aussi. Les gestes qu’on attribue à Ben Laden sont horribles et cruels. Oui, le 11 septembre 2001, c’est l’horreur.
Mais fêter, se réjouir, célébrer le décès d’un homme… Faire à l’autre ce qu’il nous a fait… OEil pour oeil… C’est la loi du talion. Est-ce que nous, chrétiens, sommes toujours sous la gouverne de cette loi de vengeance?
Que faisons-nous alors de «Christ est mort pour nous, lorsque nous étions encore pécheurs» (Rm 5.6) ou «Lorsque nous étions ennemis, nous avons été réconciliés avec Dieu par la mort de son Fils.» (Rm 5.10a) et encore «C’est par la grâce que vous êtes sauvés, par le moyen de la foi. Et cela ne vient pas de vous, c’est le don de Dieu» (Ép 2.8).
Il y a quelques années, un prêtre disait dans une homélie que le Christ est mort et ressuscité pour sauver la victime… et son bourreau. Ce n’était pas une phrase en l’air: il parlait de son propre vicaire contre qui des accusations de pédophilie venaient d’être portées… Ce qu’il disait, au fond, c’est que nous devons pardonner nous aussi, même au bourreau… comme l’a fait notre Sauveur.
«Face à la mort d’un homme, un chrétien ne se réjouit jamais, mais il réfléchit sur la responsabilité de chacun devant Dieu et devant les hommes, agissant toujours pour faire grandir la paix et non la haine», affirmait avec sagesse le père Federico Lombardi, directeur de la salle de presse du Saint-Siège, au sujet de la mort de Ben Laden.
Sans Jésus Christ, l’homme ne peut que la violence et le pardon est impossible. Le Christ est mort sur la croix pendant que ses “ennemis” riaient de lui. D’autres saints et martyrs, après Lui, ont fait face à la cruauté et ont pardonné, aimé leurs tortionnaires.
Sans le Christ, impossible d’aimer nos ennemis. Ben Laden n’était pas seulement malade de haine, mais il n’avait pas rencontré l’amour de Jésus Christ, Celui qui pardonne toujours. Toute l’espérance chrétienne repose sur l’amour de l’ennemi.
«Si vous aimez ceux qui vous aiment, quel gré vous en saura-t-on.
Les pécheurs aussi agissent de même… Aimez plutôt vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous persécutent» (Lc 6.32). C’est ce qui distingue le christianisme de toutes les autres religions.
Le chrétien ne peut arriver à espérer la mort d’un homme, même cruel. L’appel du chrétien, c’est la miséricorde. Sans la miséricorde, nous devenons moralisateurs, comme les Pharisiens. Rappelons-nous la rencontre de Jésus avec la femme adultère qu’on voulait lapider: «Que celui d’entre vous qui n’a jamais péché lui jette la première pierre» (Jn 8.7b).
Béni soit le Seigneur pour sa miséricorde et sa patience à notre égard, parce qu’il y a bien des moments dans nos vies où on aurait mérité de recevoir des pierres. Bénissons- Le pour le don de la foi que nous avons reçu gratuitement, malgré nos misères, nos faiblesses et nos péchés. Avec cette sagesse d’amour qu’Il donne à tous les chrétiens, plions les genoux et crions humblement «Seigneur, je crois, mais augmente ma foi!» et «Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font»!


