Yves Casgrain

L’Église catholique est-elle devenue une sous-culture ?

 : Photo CNS

Photo CNS

Après le délirant septième match de la série Canadien-Pittsburgh, j’ai regardé ma boîte courriel, question de me calmer un peu…Mal m’en pris car m’y attendait un article d’un chroniqueur de l’hebdomadaire Voir publié sur son site Internet. Il s’agissait en fait d’un résumé d’une entrevue qu’une jeune athée québécoise, Léa Clermont-Dion, lui avait accordée au sujet de son projet artistique qu’elle nomme Amen. Il s’agit, si j’ai bien compris, de photographier et d’interviewer des prêtres et des séminaristes. L’auteur de l’article manifeste sa surprise devant ce choix manifesté par cette artiste athée.

Cependant, il est encore plus surpris de l’entendre dire : «Les religieux je les vois un peu comme s'ils faisaient partie d'une sous-culture.» Vous avez bien lu : une sous-culture !

Après avoir mis le doigt sur la très forte hausse des non-pratiquants (de 12% en 1957 à 68% aujourd’hui), l’auteur de l’article souligne que les jeunes n’ont même plus de culture catholique. «Voilà comment une jeune femme comme Léa Clermont-Dion, écrit-il, peut voir les religieux du Québec comme les membres d'un groupuscule d'originaux.» Ayoye !

Mais il y a pire ! Eh oui ! Le chroniqueur poursuit en écrivant que «les prêtres, moines, soeurs qu'elle a aussi interviewés affichent à peu près tous le même fatalisme: le Québec ne redeviendra pas pratiquant. C'est irréversible. Après eux, qui prendra la relève?»

Bref, les membres de la hiérarchie de notre Église n’ont plus le feu sacré. Ils se contentent du petit reste, isolé, amoché, mais en vie ! La culture de la mort n’est pas seulement dans la société, elle est aussi présente dans l’Église…

Loin de moi de croire au retour d’un Québec pratiquant mur à mur ! Loin de moi, cependant, l’idée de me contenter du petit reste !

Eh ho ! L’ É-V-A-N-G-É-L-I-S-A-T-I-O-N est-ce que cela vous dit encore quelque chose ? Et les A-C-T-E-S –D-E-S-A-P-Ô-T-R-E-S ?

C’est avec cette mentalité d’assiégés, de fatalistes, d’hommes et de femmes de peu de foi que nous précipitons l’Église dans le fossé creusé par Satan lui-même (aidé bien sûr par nos actes et nos paroles défaitistes !).

À vous jeunes séminaristes je vous dis seulement une chose : Si vous entrez dans les ordres afin de vous cantonner dans vos paroisses fusionnées pour gérer la décroissance alors retournez chez vous ! Cela ne vaut pas la peine de poursuivre, vous n’avez pas la vocation, quoi qu'en disent vos supérieurs !

À vous Sœurs, Frères, Prêtres, Évêques et Cardinaux qui avez baissé les bras et qui se réjouissent du nombre de nouveaux baptisés et de nouveaux communiants en faisant abstraction du taux dérisoire des jeunes confirmés, je vous dis qu’il est temps pour vous de laisser votre place à ceux et celles qui dans l’Église ont compris que l’évangélisation doit prendre toute la place, doit occuper toutes les pensées. Votre aveuglément volontaire décourage bien des catholiques qui voudraient bâtir une nouvelle Église d’apôtres et de missionnaires prêts à porter la Bonne Nouvelle au sein même de nos villes et villages.

Oui, nous serons une sous-culture si nous poursuivons nos jérémiades, nos mensonges, nos discours défaitistes. Oui, nous ne serons plus qu’un groupuscule d’originaux si nous nous retranchons derrière les murs de nos paroisses !

Nous devons sortir à la rencontre de ce peuple qui cri si fort sa soif de sens ! Il faut détruire les tombeaux de ceux qui nous voient déjà morts.

Nous ne sommes que Vendredi Saint, mes frères ! Dimanche n’est pas loin !

Et surtout…«N’ayez pas peur !»


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Vos commentaires

Moi j'ai apprécié cet article...

par Claude Gilbert à 2010-05-18 18:55:00

Est-ce tellement mal d'être une 'sous-culture'? Je n'aime pas le mot, je comprends que l'intention est de marginaliser les croyants que nous sommes... mais c'est un fait, la culture québécoise actuelle nous marginalise. Ce n'est pas mauvais de s'en rendre compte, même s'il ne s'agit pas de s'y résigner.

Je suis d'accord que le mot d'ordre doit être la nouvelle évangélisation, mais d'un point de vue humain (restant sauves l'espérance et la confiance en la grâce divine), je crois que nous devons avant tout nous proposer de témoigner, comme les pauvres de du Seigneur déportés à Babylone.

Les prêtres qui disent admettre que le Québec ne sera plus jamais massivement pratiquant peuvent ou bien avoir tourné le dos à leur mission (et espérer que la quête rentrera quand même encore assez longtemps pour les faire vivre jusqu'à leur mort), ou bien ils sont des pasteurs réalistes et pleins de foi qui nous voient au désert. C'est sûr, la Terre promise n'est pas pour demain. C'est le temps de l'épreuve, mais le Seigneur n'est pas absent: les Juifs avaient Moïse et la manne, nous avons Pierre et l'Eucharistie!

sous-culture?

par Liliane Leger à 2010-05-21 09:10:54

Personellement, je n'aime pas beaucoup le terme sous-culture ; par contre minorité? Oui, et le plus visible possible: par notre accueil des autres, notre compassion, nos qualités communes.
Je n'ai aucune nostalgie pour une époque d'églises pleines à craquer pour des raisons autres que la foi. On allait à la messe pour des raisons sociales, familiales(qu'est-ce dirait grand-maman?) par paresse par habitude. Je me souviens très bien de ce temps-là. Vaut mieux une Eglise plus petite mais convaincue. Et quand je dis convaincue je parle de l'amour du Christ et non-pas de combat politique pour essayer de gagner des points sur le séculaire ou de forcer la main aux politiciens. Je parle d'avoir assez de force de caractère pour vivre notre vie en accord avec Dieu sans s'imposer aux autres. Avec la tendre conviction du message évangélique. Pas facile mais quel défi!

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